CVC de commerce de centre‑ville : arrêter l'hémorragie d'énergie en période de soldes

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Chaque mois de janvier, la scène se répète dans les centres‑villes français : portes de boutiques grandes ouvertes, clientèles emmitouflées, et installations CVC qui hurlent en fond pour tenir un semblant de confort d'hiver. Derrière les vitrines "Soldes", c'est souvent une hémorragie énergétique organisée, faute de vraie gestion de projets CVC adaptée aux commerces.

Soldes d'hiver 2026 : quand l'énergie ne se cache plus derrière les étiquettes

En 2026, avec les prix de l'énergie toujours sous tension et la pression réglementaire qui monte sur la sobriété des bâtiments tertiaires, continuer à climatiser ou chauffer des rues entières par la porte d'un magasin, c'est tout simplement indéfendable.

On peut faire semblant de l'ignorer, mais le contexte est clair :

  • Les objectifs de réduction de consommation fixés pour le tertiaire via le dispositif Éco Énergie Tertiaire poussent les exploitants à revoir leurs stratégies CVC.
  • La médiatisation croissante des "passoires commerciales" commence à toucher l'image des enseignes, pas seulement leur facture.
  • Les petits commerçants de centre‑ville, eux, n'ont tout simplement plus la trésorerie pour encaisser des pointes de consommation absurdes en janvier.

Pour un chargé d'affaires ou un responsable projet en génie climatique, les périodes de soldes sont un excellent révélateur : soit l'installation a été pensée comme un système vivant, capable d'encaisser des flux extrêmes, soit elle se contente d'un mode "marche forcée" digne des années 90.

Pourquoi les systèmes VRV et CTA explosent en pleine période de soldes

VRV sous contrainte : un fonctionnement loin des conditions de calcul

Dans beaucoup de commerces, le choix du VRV s'est imposé comme une évidence : flexibilité, multi‑zonage, capacité à gérer des surfaces de vente réaménageables. Sur le papier, parfait. En période de soldes, la réalité est moins élégante :

  • portes constamment ouvertes créant une infiltration d'air froid massive,
  • densité d'occupation multipliée par deux ou trois,
  • éclairage renforcé, parfois prolongé par des horaires élargis.

Aucun dimensionnement VRV sérieux ne peut absorber indéfiniment ce genre de dérive sans logique de pilotage adaptée. Résultat : groupes saturés, unités intérieures soufflant trop fort, zones surchauffées au fond du magasin et strates de température ridicules entre entrée et caisses.

CTA et air hygiénique : le grand oublié des commerces de centre‑ville

L'air hygiénique, quand il existe réellement dans ces commerces, est souvent dimensionné à l'économie. En période de soldes :

  • les débits prévus ne suffisent plus à diluer le CO₂, les odeurs et la chaleur humaine,
  • les filtres saturent beaucoup plus vite, sans suivi sérieux,
  • les reprises sont parfois mal placées, créant des "zones mortes" où l'air stagne.

On voit encore des surfaces de vente où la CTA, posée pour "faire conforme", n'est jamais recalée par rapport aux scénarios d'occupation réels. C'est une faute de projet, pas seulement d'exploitation. C'est exactement ce que nous démontons, point par point, dans nos formations dédiées aux centrales de traitement d'air.

La saisonnalité commerciale, un angle mort de la plupart des études CVC

Beaucoup de bureaux d'études et d'installateurs continuent à concevoir comme si l'année était une succession de journées moyennes. Sauf qu'un commerce, lui, vit sur des pics : soldes d'hiver, soldes d'été, fêtes, Black Friday. Ces quelques semaines pèsent lourd dans la perception client et dans la ligne "énergie" du compte de résultat.

Une étude CVC qui ne traite jamais explicitement :

  • le comportement du magasin portes ouvertes,
  • la densité d'occupation maximale en soldes,
  • et les horaires étendus associés,

passe à côté du vrai sujet. On peut faire de très beaux schémas frigorifiques et rater complètement la partie utile : la vie réelle du magasin.

Exemple terrain : une boutique de prêt‑à‑porter qui chauffait le trottoir

En centre‑ville d'une grande métropole française, une enseigne de prêt‑à‑porter se plaignait de factures CVC délirantes chaque janvier. Tous les hivers, c'était la même histoire :

  1. Portes ouvertes en continu "pour faire entrer les gens".
  2. Plainte des vendeurs qui grelottent en caisse.
  3. Réglage sauvage de la consigne à 24 °C pour compenser.

Le VRV tournait quasiment en permanence à pleine charge, la CTA injectait de l'air neuf mal préchauffé, et la boutique chauffait littéralement le trottoir.

En revenant au projet, on a mis le doigt sur l'angle mort : rien, absolument rien, dans la conception initiale n'avait pris en compte cette réalité commerciale. Dimensionnement fait portes fermées, pas de zone tampon réellement pensée à l'entrée, pas de rideau d'air digne de ce nom, aucune stratégie de régulation dédiée aux soldes.

La solution ne s'est pas limitée à "ajouter du kW". Nous avons :

  • revu le zoning du VRV pour créer une vraie zone d'entrée sur laquelle on pouvait accepter une température légèrement plus basse,
  • reparamétré la loi de soufflage pour stabiliser la sensation à hauteur d'homme au lieu de surcompenser aux bouches,
  • installé un rideau d'air chaud piloté finement, au lieu du gadget déco souvent posé sans réflexion.

En un hiver, la facture CVC liée aux soldes a chuté de près de 20 %, avec un confort perçu amélioré. Pas de magie : juste une vraie gestion de projets CVC, inspirée de méthodes que nous détaillons dans nos modules VRV et CTA.

Adapter le CVC des commerces aux flux extrêmes sans tout surdimensionner

1 - Penser les portes comme des équipements techniques, pas comme un détail d'architecture

Quand on parle de commerces de centre‑ville, la porte n'est pas un simple sujet d'architecte. Elle est un organe CVC à part entière. Selon qu'elle est :

  • simple battante mal fermée,
  • automatique avec temporisation intelligente,
  • associée à un sas d'entrée ou non,

vous n'aurez pas du tout la même configuration de débits d'air et de pertes thermiques. Ne pas intégrer cela en phase conception, c'est signer pour des années de bricolage en exploitation.

2 - Travailler avec des scénarios d'usage extrêmes, pas seulement moyens

Une démarche sérieuse impose d'intégrer explicitement dans le dimensionnement :

  • un scénario "soldes d'hiver" avec flux client maximum,
  • un scénario "inter‑saison" plus doux où la ventilation prime sur le chauffage,
  • un scénario "occupation faible" pour éviter les surconsommations quand le magasin est quasi vide.

Ce n'est pas plus compliqué à modéliser, c'est juste plus exigeant intellectuellement. C'est ce type de réflexes que nous cherchons à ancrer dans les esprits de nos stagiaires, qu'ils viennent de France ou des Émirats arabes unis, où les centres commerciaux sont un laboratoire à ciel ouvert de ces problématiques.

3 - Soigner l'air hygiénique pour éviter l'effet "bain de foule étouffant"

Les études de l'Anses rappellent régulièrement l'impact de la qualité de l'air intérieur sur la santé et le confort. Dans les commerces, le ressenti client est impitoyable : une ambiance saturée, chaude, avec une odeur de moisi ou de textile humide, et la durée de présence chute.

Un projet CVC de commerce sérieux doit donc :

  • éviter la tentation de réduire à outrance l'air neuf pour économiser trois kilowattheures,
  • prévoir des accès maintenance réalistes pour un changement de filtres fréquent,
  • penser les reprises et soufflages pour limiter les poches d'air stagnant en période de forte affluence.

Là encore, le problème n'est pas tant de tout surdimensionner que d'accepter que l'air hygiénique est central dans le ressenti des clients, même si eux n'emploient jamais ce terme.

Former les chargés d'affaires à parler le langage des commerçants

Je vois trop souvent des rendez‑vous où le chargé d'affaires déroule fièrement ses courbes de puissance, ses schémas VRV, ses débits de CTA, pendant que le responsable de magasin pense en termes de "samedi de soldes" et de "file d'attente devant la caisse".

Ce fossé de langage détruit de la valeur. Un bon professionnel du génie climatique doit être capable de traduire :

  • un flux client en hypothèse d'occupation,
  • un "courant d'air désagréable" en erreur de position de bouche ou de réglage de vitesse de soufflage,
  • une "note énergie qui explose en janvier" en dérive d'exploitation liée à des scénarios non prévus.

C'est précisément ce que visent nos modules sur le dimensionnement, la sélection d'équipements et le chiffrage, détaillés sur la page Thématiques du site : reconnecter technique, usage et budget, sans céder à la facilité du surdimensionnement.

Et maintenant, que faites‑vous de vos prochains soldes ?

Si vous avez des clients commerçants que vous suivez depuis plusieurs années, posez‑leur franchement la question : combien coûte vraiment, en énergie et en inconfort, chaque période de soldes ? Et surtout : leur installation CVC actuelle a‑t-elle été pensée pour ces semaines‑là, ou seulement pour un mois de mars imaginaire où tout est stable et raisonnable ?

La saisonnalité, qu'elle soit commerciale ou climatique, n'est plus un détail. C'est devenu le nerf de la guerre pour les commerces de centre‑ville, comme pour les centres commerciaux des Émirats. Si vous sentez que vos projets continuent à traiter ces questions en note de bas de page, il est probablement temps de revoir votre façon d'aborder un dossier, de la conception au chiffrage. Une bonne manière de commencer consiste à structurer vos compétences via une formation opérationnelle en gestion de projets CVC en ligne, et à vous donner enfin les moyens de ne plus subir les soldes... côté machine comme côté facture.

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