CVC des entrepôts logistiques avant l'été 2026 : la bombe à retardement

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À l'approche de l'été 2026, nombre d'entrepôts logistiques français s'apprêtent à revivre des températures intenables. Le CVC y est souvent réduit au strict minimum, loin des enjeux de confort d'été et de productivité. Analyse cash et méthode terrain pour reprendre la main avant la prochaine vague de chaleur.

Ce que la logistique ne veut pas voir : des boîtes métalliques qui surchauffent

On se raconte encore que "dans un entrepôt, on ne climatise pas". C'était peut‑être vrai il y a vingt ans, avec des volumes modérés, des cadences moins violentes et un climat moins instable. En 2026, c'est tout simplement faux, ou plutôt : c'est devenu dangereux.

Beaucoup de plateformes logistiques, surtout en périphérie des grandes métropoles françaises, cumulent :

  • une enveloppe métallique peu isolée, ou mal rénovée
  • d'énormes apports solaires sur les toitures et façades
  • des process internes qui génèrent de la chaleur (convoyeurs, automatisme, éclairage)
  • une densité de personnel sous‑estimée, notamment en période de pics (soldes, Black Friday, fêtes de fin d'année)

Résultat : 32, 34, parfois 36 °C mesurés à hauteur d'homme en été, en plein cœur des allées. Tant qu'aucun accident grave ne se produit, on se contente de distribuer des bouteilles d'eau et d'ouvrir les portes sectionnelles. C'est l'équivalent CVC du "serrer les dents".

Pour un chargé d'affaires CVC, c'est un terrain particulier : budgets tendus, clients obsédés par le m² exploitable, méfiance vis‑à‑vis de tout ce qui n'est pas directement productif. Et pourtant, l'inaction coûte déjà très cher.

Actualité : climat qui s'emballe, santé au travail sous pression

Les projections climatiques françaises ne laissent plus beaucoup d'illusion : les vagues de chaleur précoces et répétées deviennent la norme. Météo‑France et les rapports récents de Météo‑France rappellent des records de températures atteints sous entrepôts et bâtiments industriels mal ventilés.

En parallèle, les sujets de pénibilité et de prévention des risques liés à la chaleur montent dans les échanges avec les représentants du personnel, l'Inspection du travail et les services de santé au travail. Les épisodes de 2022 et 2023 ont déjà laissé des traces : malaises, arrêts, baisses de productivité vertigineuses.

En clair, l'été 2026 n'arrivera pas par surprise. Ce qui sera jugé, ce ne sera plus la météo, mais la façon dont les directions et leurs prestataires CVC auront (ou non) anticipé.

Comprendre le vrai rôle du CVC dans un entrepôt logistique

Le réflexe très français consiste à opposer deux caricatures :

  • soit on ne fait rien, on ouvre les portes et "on ventile naturellement"
  • soit on "climatise tout" avec des machines surdimensionnées, énergivores et ingérables

Évidemment, les deux options sont absurdes.

Ventilation, rafraîchissement, climatisation : trois niveaux, trois objectifs

Pour sortir du dogme, il faut remettre les fonctions dans l'ordre :

  1. Ventilation : assurer un air hygiénique minimal pour les opérateurs, diluer les polluants (poussières, émissions de chariots, COV des emballages). Il s'agit de débits d'air neuf, pas de "courant d'air". Ici, centrales de traitement d'air simples, caissons de ventilation et réseaux bien étudiés ont leur place.
  2. Rafraîchissement d'ambiance : réduire la température ressentie de quelques degrés, suffisamment pour franchir la barre de tolérance physiologique (passer de 33 à 29 °C change déjà tout). On pense alors à des solutions de type rafraîchissement adiabatique, brassage d'air à grande hélice, ou systèmes d'eau glacée ciblés.
  3. Climatisation maîtrisée : pour les zones sensibles (préparation de médicaments, zones de e‑commerce à forte valeur, locaux informatiques ou de pilotage). Ici, on bascule sur de vrais systèmes de détente directe, VRV, ou eau glacée avec ventilo‑convecteurs, comme ceux abordés dans les modules de formation CVC AC Project Engineering.

Le piège, c'est de mélanger les trois sans stratégie. On voit par exemple des splits posés ponctuellement dans des zones logistiques très ouvertes, qui n'ont aucune chance de tenir une consigne et finissent par souffler de l'air tiède en continu.

Cas d'usage : un entrepôt e‑commerce en Île‑de‑France

Prenons un exemple très proche de ce que j'ai vu sur le terrain : un entrepôt e‑commerce de 18 000 m², près d'une grande rocade francilienne. Toiture bac acier, isolation minimaliste, quelques lanterneaux. Avant 2022, la ventilation se limitait à des extracteurs en toiture et des portes ouvertes en façade.

Après deux étés extrêmement difficiles, la direction logistique finit par appeler un installateur CVC : "On veut climatiser les allées de préparation". Derrière cette phrase, en réalité, une angoisse : ne plus revivre une série de 20 jours à plus de 30 °C à l'intérieur, avec un taux d'erreurs qui explose et des intérimaires qui ne reviennent pas.

Diagnostic : prendre le temps de mesurer, même sous la pression

Avant de sortir un devis, quelques mesures simples changent tout :

  • relevé de températures sur plusieurs jours, à différentes hauteurs (1,5 m, 4 m, 8 m) pour mesurer la stratification
  • évaluation des apports solaires par toiture et par façades
  • mesure (ou, a minima, estimation sérieuse) des débits d'air existants
  • cartographie des zones réellement occupées en continu vs temporairement

Dans notre exemple, on découvre une stratification thermique de près de 6 °C entre sol et plafond, des zones de picking saturées à proximité des quais, et des zones de stockage haute densité peu occupées... mais très chaudes.

Stratégie CVC : ne pas climatiser les palettes, mais les gens

La seule stratégie raisonnable consiste à admettre une évidence : on ne refroidira pas 18 000 m² de volume complet à 26 °C. En revanche, on peut :

  1. Renforcer et organiser la ventilation générale avec des CTA ou caissons de soufflage correctement dimensionnés, pour diminuer les poches d'air stagnant. C'est du bon sens de base, que l'on retrouve dans les logiques de CVC tertiaire, transposé à l'échelle logistique.
  2. Traiter en priorité les zones de forte occupation humaine : picking, préparation de commandes, contrôle qualité. C'est là que les gains de productivité et de sécurité sont les plus spectaculaires.
  3. Accepter une température de consigne élevée dans ces zones (27‑28 °C), mais stable et maîtrisée, plutôt que rêver à un 24 °C impossible.
  4. Utiliser la stratification à son avantage : extraction haute, brassage d'air, voire récupération d'air moins chaud en partie basse.

Selon les cas, cela peut déboucher sur une combinaison de gros destratificateurs, d'unités adiabatiques en toiture et de quelques zones climatisées par VRV ou ventilo‑convecteurs. Mais cette fois avec une logique lisible, chiffrable, pilotable.

Dimensionnement : arrêter de travailler "au pif"

Dans les entrepôts, la tentation de dimensionner "à la tonne de froid par m²" est encore très présente. C'est aussi caricatural que de dimensionner un système pour data center de proximité sans regarder la puissance IT.

Quelques repères concrets

Sans remplacer un calcul détaillé, quelques réflexes doivent devenir automatiques :

  • intégrer sérieusement les apports solaires de toiture, surtout en région Sud ou sur toitures sombres
  • tenir compte de la surface réellement occupée par les opérateurs, et pas seulement de la surface brute
  • évaluer les apports internes liés aux process (convoyeurs, automates, éclairage LED massif)
  • ne pas oublier l'impact de la ventilation d'air neuf sur la charge de refroidissement

C'est typiquement le genre de sujet que nous travaillons dans les modules "Dimensionnement CVC" et "VRV / eau glacée" : comment traduire un usage logistique réel en puissances, débits, régulations, puis en bordereaux de prix fiables.

Entre obligations sociales et image de marque

Les grandes marques logistiques et e‑commerce communiquent désormais sur la "qualité de vie au travail dans les entrepôts". Dans le même temps, les syndicats et collectifs de salariés documentent publiquement les températures atteintes dans certaines plateformes. C'est un bras de fer silencieux, mais qui peut tourner très vite.

Quand un client final découvre que son colis "neutre en carbone" a été préparé dans un four à 35 °C, l'argument RSE prend un sérieux coup. Le génie climatique n'est pas l'unique réponse, mais il conditionne une partie de cette crédibilité.

Pour le chargé d'affaires qui sait structurer un projet, c'est une opportunité : proposer aux exploitants logistiques une trajectoire en plusieurs étapes (ventilation, rafraîchissement, climatisation ciblée), étalée sur plusieurs exercices budgétaires, plutôt qu'un projet monolithique impossible à faire passer.

Par où commencer avant l'été 2026 ?

Pour les entreprises logistiques qui n'ont encore rien fait ou presque, l'idée n'est pas de transformer du jour au lendemain l'entrepôt en bureau de standing. Il s'agit de cibler des actions qui peuvent réellement être mises en œuvre d'ici l'été.

Un plan d'action minimaliste mais sérieux

  1. Audit rapide mais structuré : thermomètres enregistreurs, visite CVC, schéma des flux d'air, relevé des zones de surchauffe. Un bon chargé d'affaires peut réaliser cela en quelques jours, avec une grille de lecture claire.
  2. Corrections à coût contenu : réglage des ventilations existantes, amélioration du brassage d'air, ajout d'extractions ponctuelles, occultation solaire sur certaines façades critiques. Ce n'est pas du "grand CVC", mais les gains immédiats existent.
  3. Pré‑étude pour une étape 2 : scénarios chiffrés de rafraîchissement ou de climatisation ciblée, pour décision à l'automne 2026. Là, on entre dans un projet CVC structuré, comme ceux que l'on apprend à piloter dans les formations AC Project Engineering.

L'enjeu, finalement, est de sortir du réflexe défensif "on n'a jamais climatisé un entrepôt" pour basculer vers une logique de risque maîtrisé : thermique, social, économique.

Faire du CVC logistique un vrai sujet de compétence

Dans les formations CVC, les entrepôts sont souvent relégués en fin de programme, voire oubliés. Pourtant, ils forcent à tout croiser : grands volumes, air hygiénique, confort d'été, contraintes d'exploitation, chiffrage serré.

Si vous travaillez déjà sur des projets de bâtiments tertiaires soumis aux canicules ou de dimensionnement pour vagues de chaleur, vous avez déjà une partie des cartes en main. Il reste à les réordonner pour le monde logistique : accepter d'être plus brutal dans les hypothèses, mais plus honnête dans les résultats promis.

Dans un contexte où les vagues de chaleur ne vont pas disparaître, la vraie question n'est plus "faut‑il climatiser les entrepôts ?", mais "qui saura les équiper intelligemment, sans brûler ni budgets ni équipes ?".

Si vous sentez que vos projets patinent sur ces sujets, le moment est probablement venu de verrouiller vos bases : dimensionnement, sélection de matériels, structuration des offres. C'est exactement le type de situations que nous décortiquons dans les modules de formation en gestion de projets CVC, pour que l'été 2026 ressemble davantage à une opportunité qu'à une énième alerte brûlante.

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