Canicule d'hiver et bâtiments tertiaires : le CVC pris au piège

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Les "canicules d'hiver" ne sont plus une curiosité météo, mais un piège pour les installations CVC conçues pour un climat d'hier. Entre bureaux surchauffés en janvier et CTA à bout de souffle, les chargés d'affaires se retrouvent en première ligne. Parlons conception, régulation et vraie stratégie de gestion de projets CVC face à ce climat devenu erratique.

Hiver 2025 : quand Paris ressemble à avril en plein janvier

Les épisodes de douceur hivernale extrême se multiplient. En France comme aux Émirats arabes unis, la frontière entre les saisons se délite. En 2024 déjà, Météo‑France a enregistré plusieurs vagues de chaleur "hors saison", avec des pointes à plus de 20 °C en plein cœur de l'hiver dans certaines villes. Les bureaux et commerces, eux, n'ont pas été conçus pour cela.

Résultat : des bâtiments tertiaires où l'on ouvre les fenêtres en janvier pour compenser un chauffage mal piloté, des CTA qui brassent de l'air tiède sans logique énergétique, des systèmes VRV qui basculent dans des modes de fonctionnement absurdes. Et au milieu de tout cela, le chargé d'affaires CVC que l'on appelle pour "régler le problème", comme si tout relevait d'un simple appui sur un bouton.

La conception CVC, prisonnière d'un climat passé

La plupart des installations CVC actuelles ont été dimensionnées sur des bases climatiques historiques relativement stables : hivers froids, étés chauds, intersaisons courtes. Ce paradigme est en train d'exploser.

Des hypothèses de base devenues fausses

Dans un schéma classique pour un immeuble de bureaux :

  • chauffage dimensionné pour quelques jours de grand froid,
  • rafraîchissement dimensionné pour l'été et les apports internes élevés,
  • ventilation pensée surtout pour l'hygiène, pas comme un levier thermique fin.

Avec des épisodes de chaleur en hiver, on se retrouve avec :

  • des systèmes de chauffage encore en marche par inertie réglementaire ou organisationnelle,
  • des occupants qui subissent l'inconfort (et le font payer au service technique),
  • des consommations énergétiques aberrantes alors même que les objectifs climatiques se durcissent.

Un rapport publié par le Haut Conseil pour le climat en 2024 pointe précisément ce décalage : les bâtiments français restent conçus et exploités comme si le climat n'avait presque pas changé. En génie climatique, cette inertie est un luxe que l'on ne peut plus se permettre.

Les systèmes VRV et eau glacée à contretemps

Sur les systèmes VRV réversibles et les installations eau glacée couplées à des ventilo‑convecteurs, on voit apparaître des scénarios de fonctionnement complètement contre‑intuitifs :

  • mode chauffage actif alors que l'enveloppe surchauffe déjà par ensoleillement,
  • passages fréquents en mode refroidissement en plein hiver, avec des températures de consigne délirantes,
  • régulations GTB incapables de gérer les faibles charges et les variations rapides.

Autrement dit : l'outil technique existe, mais il est mal paramétré, mal pensé ou dimensionné avec des marges qui deviennent explosives dès que la météo sort du cadre.

La ventilation, grande oubliée des canicules d'hiver

On parle beaucoup de climatisation et de chauffage, trop peu de ventilation. Pourtant, les Centrales de traitement d'air (CTA) peuvent être un allié précieux... ou un gouffre énergétique, selon la façon dont elles ont été intégrées au projet.

CTA surdimensionnées, échanges mal maîtrisés

Dans de nombreux projets tertiaires en France, les CTA ont été dimensionnées largement, pour répondre aux normes d'hygiène de l'air et aux pics d'occupation. Mais quand la température extérieure grimpe anormalement en hiver, plusieurs problèmes apparaissent :

  • les systèmes de récupération de chaleur (batteries, roues, échangeurs) continuent de "réchauffer" de l'air déjà trop chaud,
  • les logiques de free‑cooling ne sont pas activées ou sont mal exploitées,
  • les consignes de température dans les bureaux ne sont pas ajustées à la réalité météo.

On aboutit à cette absurdité très française : des bureaux où les occupants ont chaud en hiver, se plaignent de l'inconfort, et où la solution proposée est parfois l'installation de petits splits en appoint, au lieu de repenser la philosophie de régulation globale.

Les modules comme Centrale de traitement d'air existent précisément pour casser cette logique de rustines et redonner la main au concepteur ou au chargé d'affaires sur la cohérence d'ensemble.

Air hygiénique, oui, mais piloté intelligemment

L'air hygiénique n'est pas négociable. Mais son impact thermique peut, et doit, être pensé de façon bien plus fine :

  • adaptation des débits en fonction de l'occupation réelle,
  • pilotage intelligent des échangeurs en mi‑saison et lors des pics de douceur,
  • coordination étroite avec les systèmes de chauffage et de climatisation pour éviter les effets de compensation absurdes.

Ce type d'approche n'est possible que si le chargé d'affaires comprend les interactions globales des systèmes, et pas seulement les fiches techniques des équipements. C'est pour cela que nous insistons autant, dans les formations sur mesure en ligne, sur la vision système, et non sur la simple accumulation de catalogues fabricants.

Régulation et GTB : l'angle mort des projets CVC

Parlons franchement : la régulation est souvent le parent pauvre des chiffrages. On "mettra une GTB plus tard", "on ajustera les consignes sur site", "le fabricant de régulation s'en occupera". Sauf que, dans un climat devenu instable, cette négligence coûte très cher.

Des logiques de consigne figées dans le marbre

Beaucoup de bâtiments tertiaires fonctionnent encore avec des consignes rigides : 21 °C en hiver, 25 °C en été, sans réelle prise en compte de :

  • l'occupation réelle des locaux,
  • les apports internes (informatique, éclairage, densité de postes),
  • les variations météorologiques brutales.

Les systèmes de régulation modernes, qu'il s'agisse de solutions de type Distech Controls ou d'autres fabricants cités dans nos pages (Siemens, Swegon, France Air, etc.), permettent pourtant un pilotage infiniment plus subtil. La vraie question est donc : qui, dans le projet, a suffisamment de culture CVC pour écrire une stratégie de régulation cohérente ?

Le rôle clé du chargé d'affaires dans la régulation

Un chargé d'affaires CVC ne devrait jamais se contenter de "laisser la GTB au lot électricité". Il doit :

  1. définir les grands scénarios de fonctionnement : hiver, été, mi‑saison, canicules d'hiver, nuits, week‑ends,
  2. anticiper les cas extrêmes : occupation partielle, télétravail massif, locaux vacants,
  3. traduire ces scénarios en points de régulation concrets : sondes, vannes, variateurs, alarmes, seuils,
  4. vérifier que le chiffrage intègre bien le temps de paramétrage, d'essais et de mise au point.

Cette approche est rarement enseignée dans les cursus classiques. Elle est pourtant décisive pour que, lors de la prochaine douceur anormale de février, le bâtiment ne se transforme pas en serre tropicale.

Cas concret : un immeuble de bureaux en Île‑de‑France

Imaginons un immeuble neuf livré en 2022 : VRV multimarques, CTA double flux, ventilo‑convecteurs à eau glacée en périphérie. En théorie, tout est là pour un confort maîtrisé. En pratique :

  • hiver 2024‑2025 : plusieurs semaines à 15‑18 °C extérieurs,
  • des occupants se plaignant de chaleur dès 10 h du matin,
  • une direction technique qui reçoit une avalanche de tickets.

Après audit, on découvre :

  • des consignes de chauffage inchangées depuis la livraison,
  • l'absence de stratégie de free‑cooling sur les CTA,
  • aucun scénario spécifique pour les canicules d'hiver dans la GTB,
  • un chargé d'affaires initial qui n'avait pas intégré ces enjeux dans sa vision de projet.

Les solutions existent pourtant :

  • recalage des consignes et des plages de chauffage,
  • activation et calibration du free‑cooling,
  • mise en place de scénarios météo prédictifs en lien avec une API météo,
  • formation des équipes d'exploitation à ces nouveaux schémas.

Rien de révolutionnaire techniquement. Simplement un niveau de réflexion qui aurait dû être présent dès la phase de conception et de chiffrage.

Former les chargés d'affaires à ce nouveau climat

On peut continuer à faire comme si de rien n'était, ou admettre que le métier a changé. Un chargé d'affaires CVC en 2025 doit :

  • maîtriser les bases du dimensionnement CVC (mono‑split, multi‑split, VRV, CTA, eau glacée),
  • comprendre les logiques fines de régulation et d'exploitation,
  • intégrer le risque climatique (canicules d'été comme d'hiver) dans ses choix,
  • parler le même langage que les exploitants et les énergéticiens.

C'est dans cet esprit que nous avons construit nos modules, du Débutant mono‑split / multi‑split au Confirmé ventilo‑convecteurs eau glacée, en passant par la Centrale de traitement d'air. Non pas pour réciter des catalogues Lennox, Daikin ou Mitsubishi Electric, mais pour apprendre à penser un projet CVC comme un organisme vivant évoluant dans un climat instable.

La France et les Émirats arabes unis n'ont évidemment pas les mêmes saisons, mais ils partagent une même réalité : l'imprévisible devient la norme. Ceux qui sauront anticiper ces dérives climatiques, intégrer ces scénarios "atypiques" dans leur façon de concevoir et de chiffrer, prendront une longueur d'avance.

Si vous sentez que vos projets tertiaires subissent les humeurs de la météo au lieu de les encaisser avec calme, il est peut‑être temps d'outiller votre pratique. Jetez un œil à nos articles, et si vous voulez aller plus loin, parlons‑en via la section Contact. Un projet CVC bien pensé aujourd'hui, c'est un bâtiment qui n'aura pas honte de ses consommations dans dix ans.

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