Fin d'hiver 2026 : anticiper les dérives de qualité d'air dans les écoles
Chaque fin d'hiver, c'est la même scène : fenêtres closes, radiateurs à fond, CO₂ qui s'envole et élèves épuisés. En 2026, avec des normes de qualité d'air intérieur plus surveillées et des parents de plus en plus informés, les dérives ne passeront plus inaperçues. Regard d'ingénieur CVC sur la ventilation des écoles, les centrales de traitement d'air et les erreurs de gestion de projets CVC qui coûtent cher, en France comme aux Émirats.
Pourquoi la fin d'hiver est le pire moment pour l'air des écoles
On parle souvent de canicule dans les classes, beaucoup moins de cet entre‑deux pénible de février‑mars, quand il fait encore froid dehors mais que l'air intérieur est saturé. C'est précisément à ce moment que les installations montrent leurs faiblesses.
Un cocktail explosif : CO₂, virus, fatigue
Les dernières campagnes de mesures de l'ANSES et d'autres organismes l'ont confirmé : dans de nombreuses écoles, les seuils de CO₂ dépassent régulièrement les 1500 ppm en période froide. Concrètement :
- Concentration qui chute chez les élèves après 30 à 40 minutes.
- Maux de tête récurrents, irritations, sensation de « lourdeur » dans les classes.
- Propagation accélérée des virus saisonniers dans ces volumes faiblement renouvelés.
Le problème n'est plus anecdotique. Il est structurel. Et derrière, ce sont des choix CVC discutables, des CTA sous‑exploitées et des projets mal pensés que l'on retrouve encore et toujours.
Ce que l'on voit réellement sur le terrain dans les écoles
Sur les bâtiments scolaires, en France comme aux Émirats arabes unis, où AC Project Engineering intervient régulièrement, on retrouve trois scénarios typiques.
Scénario 1 : la CTA bien dimensionnée mais mal pilotée
Une école récente, une belle CTA sur le papier : débit conforme, récupérateur de chaleur, filtres adaptés. Sur le terrain ? Régulation verrouillée pour « faire des économies ». Résultat :
- Horaires réels de fonctionnement décalés par rapport à la présence des élèves.
- Vitesses de ventilation bridées car « ça fait du bruit ».
- Maintenance expédiée, filtres jamais vraiment vérifiés en conditions chargées.
On a donc payé l'investissement, mais on refuse d'assumer le fonctionnement. C'est un non‑sens technique, pédagogique et, soyons clairs, sanitaire.
Scénario 2 : le bricolage mixte CVC - ouvrants
Autre cas classique : l'école ne dispose pas d'un vrai système d'air hygiénique dédié. Alors on jongle :
- Fenêtres entrouvertes « quand il fait doux ».
- Petites bouches d'extraction surdimensionnées qui créent des courants d'air désagréables.
- Ventilation mécanique ponctuelle dans quelques salles seulement.
À la fin, personne ne comprend comment le bâtiment respire réellement. Et le jour où un capteur de CO₂ est installé, c'est le choc : les valeurs dérapent en quelques dizaines de minutes, sans que personne n'ait réellement la main.
Scénario 3 : la rénovation énergétique « à moitié »
On a isolé, changé les menuiseries, remplacé la chaudière. Mais la ventilation ? On verra plus tard. Sauf que « plus tard », c'est maintenant, avec des écoles sur‑isolées et sous‑ventilées. On a amélioré les déperditions, mais aggravé la qualité de l'air. Une aberration que l'on retrouve partout, pas seulement dans le secteur scolaire.
Reprendre la main : méthode pragmatique pour la fin d'hiver 2026
Au lieu de tout casser — ce que les communes n'ont ni les moyens ni le temps de faire — il est possible d'agir de manière structurée, à la manière d'un bon chargé d'affaires CVC.
Étape 1 - Mesurer avant de gesticuler
On ne pilote pas un projet à l'aveugle. Le minimum vital :
- Installer des capteurs de CO₂ simples mais fiables dans quelques classes types.
- Relever sur plusieurs jours, en conditions réelles (fin d'hiver, chauffage en marche).
- Tracer les courbes par rapport aux horaires de classe, aux pauses et aux ouvertures de fenêtres.
Ce profil réel vaut plus que n'importe quelle discussion théorique. Il permet d'objectiver le besoin et de justifier ensuite des ajustements auprès de la mairie, du rectorat ou des parents.
Étape 2 - Auditer la CTA et la distribution
Pour les établissements équipés de centrales de traitement d'air, le diagnostic doit être précis :
- Vérifier les débits réels en soufflage et en reprise par rapport aux plans.
- Contrôler l'état des filtres, des batteries et des ventilateurs.
- Analyser les consignes de régulation : plages horaires, températures, modes réduit / confort.
C'est exactement le type de démarche que l'on enseigne dans notre module CTA : transformer une CTA « boîte noire » en système compréhensible, mesurable et pilotable.
Étape 3 - Ajuster la régulation plutôt que tout reconstruire
On sous‑estime gravement ce qu'un simple reparamétrage peut changer. Sans travaux lourds, on peut souvent :
- Avancer la mise en route de la CTA de 30 à 60 minutes avant l'arrivée des élèves.
- Maintenir un débit minimal pendant les interclasses et les pauses, au lieu d'éteindre brutalement.
- Adapter la consigne pour limiter les sensations de courant d'air tout en conservant un bon renouvellement.
Le tout, en expliquant clairement aux équipes d'exploitation et aux directeurs d'établissement ce que l'on fait, et pourquoi. Sans pédagogie, toute modification finit tôt ou tard annulée par quelqu'un qui « remet comme avant, ça marchait mieux ».
Cas concret : une école primaire en périphérie de Lyon
Projet typique suivi par un de nos stagiaires : école des années 2000, CTA double flux, filtres peu entretenus. L'hiver dernier, CO₂ régulièrement au‑dessus de 1800 ppm en fin de matinée. Parents inquiets, enseignants excédés, mairie sur la défensive.
En appliquant une approche méthodique :
- Campagne de mesures CO₂ sur 10 jours, sans rien modifier au départ.
- Inspection de la CTA : filtres gravement encrassés, récupération de chaleur presque à l'arrêt.
- Recalage des horaires de marche et des débits nominaux, échange pédagogique avec les enseignants.
Résultat : CO₂ redescendu autour de 900 à 1000 ppm la plupart du temps, sans aucun « miracle » technique. Juste de la méthode, de l'exigence et une vision globale typique du métier de chargé d'affaires CVC. Ce qui manque cruellement dans bien des projets publics.
Former les équipes : le maillon faible qu'on ne veut pas voir
Les plus beaux équipements ne valent rien si les équipes qui les pilotent n'ont pas été formées correctement. On l'observe aussi bien en France que dans les projets scolaires aux Émirats arabes unis.
Techniciens et agents d'exploitation livrés à eux‑mêmes
Combien de fois a‑t-on vu une CTA flambant neuve, paramétrée par le metteur au point, puis laissée entre les mains d'un service technique qui n'a jamais reçu la moindre formation sérieuse ? Quelques mois plus tard :
- Consignes modifiées au hasard sur l'écran.
- Alarmes ignorées ou shuntées.
- Modes réduit et hors‑gel mal compris, entraînant des dégradations de la qualité de l'air.
C'est précisément pour cela que des formations en ligne dédiées aux chargés d'affaires et responsables maintenance ont du sens : créer une culture commune autour du CVC, des CTA et de l'air hygiénique, au‑delà des marques (LENNOX, DAIKIN, MITSUBISHI ELECTRIC, SWEGON...).
Ce que la saison nous impose comme discipline
La fin d'hiver 2026 ne sera pas différente des précédentes sur un point : les installations mal conçues, mal réglées ou mal entretenues se verront immédiatement. Les parents ne supportent plus l'idée que leurs enfants passent six heures par jour dans un air dégradé, et ils ont raison.
Pour les professionnels du génie climatique, c'est une opportunité autant qu'une responsabilité :
- Reprendre des installations existantes sans tout casser, comme nous le détaillons dans l'article sur la réhabilitation CVC.
- Concevoir des CTA plus intelligentes, mieux intégrées, plus faciles à expliquer aux non‑techniciens.
- Structurer les projets dès l'amont, en liant dimensionnement, chiffrage et exploitation, à l'image de ce que nous évoquons concernant les devis CVC.
Et maintenant, comment passer à l'action ?
Si vous travaillez pour une collectivité, un bureau d'études ou une entreprise d'installation, la question n'est plus de savoir si la qualité de l'air des écoles va devenir un sujet politique. C'est déjà le cas. La vraie question, c'est : serez‑vous parmi ceux qui devront justifier des projets mal tenus, ou parmi ceux qui apporteront des solutions claires, argumentées et mesurables ?
La réponse se joue dans votre capacité à structurer vos projets CVC : diagnostics sérieux, chiffrages rigoureux, pilotage fin des CTA, compréhension des usages réels des bâtiments. Et si vous sentez que certains maillons manquent encore dans votre approche, les modules dédiés à l'air hygiénique, aux CTA et à la gestion de projets CVC proposés par AC Project Engineering offrent un cadre de progression concret, exigeant et directement applicable. L'enjeu, lui, dépasse largement la technique : il touche à la santé et à la réussite des générations qui grandissent dans ces bâtiments que nous concevons.