Réussir ses premiers chantiers VRV sans se faire déborder

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On idéalise souvent le VRV quand on vient du mono‑split ou du multi‑split. Et puis le jour où l’on devient chargé d’affaires, le rêve se fracasse sur la réalité des collecteurs, des pertes de charge et des plannings clients. Cet article propose une méthode très concrète pour réussir vos premiers chantiers VRV sans vous faire déborder, en s’appuyant sur une vraie logique de gestion de projets CVC.

Pourquoi les premiers projets VRV tournent si vite au chaos

Sur le papier, le VRV, surtout chez des fabricants comme DAIKIN, semble presque magique : puissance modulable, longues liaisons, gain de place, souplesse de régulation. Mais sur le terrain, les premiers projets accumulent souvent les mêmes erreurs.

Quatre erreurs classiques du débutant en VRV

  • Un dimensionnement copié‑collé des habitudes multi‑split, sans analyse sérieuse des charges réelles.
  • Un schéma frigorifique validé « à l’œil », sans vérifier réellement les longueurs, dénivelés et répartitions des dérivations.
  • Un chiffrage des accessoires sous‑estimé : cuivre, piquages, supports, câblage de communication.
  • Une coordination de chantier bricolée, avec les autres lots qui « découvriront » les unités et les chemins de tuyauteries au fur et à mesure.

Résultat : marges laminées, heures supplémentaires en rafale, client qui ne comprend pas pourquoi le chantier s’éternise. Et un jeune chargé d’affaires qui se demande franchement s’il avait besoin de ça dans sa vie professionnelle.

Poser le cadre : un VRV, c’est d’abord un projet, pas un catalogue

Le premier réflexe à adopter, c’est d’arrêter de voir le VRV comme un "gros multi‑split". Vous pilotez un projet complet, avec des impacts structurels, électriques, architecturaux et d’exploitation. Votre rôle dépasse largement le choix d’une référence dans un catalogue.

Avant même de dimensionner, reprenez une méthode structurée, très proche de ce que nous travaillons dans nos formations en ligne CVC :

  1. Clarifier l’usage réel des locaux et les contraintes horaires.
  2. Identifier les zones prioritaires (bureaux de direction, salles de réunion, locaux sensibles).
  3. Lister les contraintes bâtiment : trémies, gaines techniques, toitures, façades.
  4. Définir le niveau d’exigence de la régulation : simple confort ou pilotage fin, GTB, scénarios horaires.

Cette phase amont paraît banale. Elle est pourtant la seule façon de ne pas empiler des unités intérieures sans logique et d’éviter les révisions de plans à la troisième réunion de synthèse.

Dimensionnement VRV : arrêter les réflexes de surpuissance

Avec la montée des canicules hivernales et estivales – on l’a encore vu avec les épisodes récents largement commentés par Météo‑France –, la tentation de surdimensionner explose. Le client, inquiet, demande "un peu plus de sécurité". Le commercial du fabricant n’est pas toujours le plus ferme pour tempérer.

Construire un dimensionnement cohérent

Un bon projet VRV ne se juge pas à la plus grosse puissance installée, mais à la justesse des équilibres :

  • Accepter des taux de diversité réalistes, en lien avec les usages des pièces.
  • Analyser les apports internes (informatique, occupants, éclairage) au lieu de les balayer d’un « on est large ».
  • Recouper les données avec les exigences réglementaires, notamment celles liées à la qualité d’air lorsqu’un air hygiénique est couplé au système.

Si vous ne maîtrisez pas encore ces notions, un détour par les fondamentaux du dimensionnement CVC vous fera gagner des heures de réglages inutiles.

Exemple de dérive fréquente

Sur un plateau tertiaire de 600 m² en Île‑de‑France, prévu pour 60 postes, un jeune chargé d’affaires s’est calé sur les puissances d’un bâtiment voisin… qui n’avait ni les mêmes apports solaires, ni la même isolation, ni la même densité informatique. Résultat : système surdimensionné, cycles courts, inconfort, plainte client « ça souffle trop fort », et une consommation énergétique difficile à défendre en période de hausse des prix. Tout ce qui éloigne d’un projet intelligemment pensé.

Chiffrage VRV : l’angle mort des accessoires

Dans nos audits de devis, un point revient sans cesse : le sous‑chiffrage chronique des accessoires VRV. Là où un mono‑split se contente de quelques lignes, un système VRV exige un niveau de détail autrement plus sérieux.

Les postes qui pulvérisent vos marges

  • Cuivre : sections variées, longueurs conséquentes, chutes, reprises.
  • Piquages et dérivations frigorifiques : éléments souvent "oubliés" ou comptés trop approximativement.
  • Supports et structures : consoles, rails, chevilles, platines en toiture.
  • Câblages : alimentation puissance, liaisons de communication, interfaçage GTB.

Un bordereau de prix VRV se travaille ligne par ligne. C’est exactement ce que nous pratiquons dans les modules multi‑split et VRV DAIKIN de nos formations : reconstituer le coût réel d’un projet, et non un devis cosmétique qui s’évapore au premier imprévu.

Structurer son bordereau de prix

Une bonne pratique consiste à séparer clairement :

  1. Les matériels principaux (groupes extérieurs, unités intérieures, commandes).
  2. Les accessoires frigorifiques et hydrauliques (piquages, vannes, isolants).
  3. Les chemins de câbles et câblages.
  4. La main‑d’œuvre, décomposée par type d’intervention : raccordement frigorifique, mise en service, essais, réglages.

Cet effort de structuration vous servira ensuite pour expliquer, défendre et ajuster votre prix. Et surtout, pour comparer vos projets entre eux, au lieu de "sentir" vaguement la marge.

Coordination de chantier : le vrai test du chargé d’affaires

On parle beaucoup de calculs, de catalogues constructeurs, de sélections. Mais sur un chantier VRV réel, ce qui fait la différence, c’est la coordination avec les autres lots. Et là, trop de jeunes chargés d’affaires découvrent la brutalité du terrain.

Les sujets à verrouiller très tôt

Sur vos premiers projets, imposez‑vous une discipline simple :

  • Valider en plan la place exacte des unités extérieures, leurs accès de maintenance, leurs niveaux sonores.
  • Figer les réservations nécessaires dans les trémies et les faux plafonds avant que l’architecte ne finalise ses plans.
  • Bloquer les principes de raccordement électrique avec le lot CFO afin d’éviter le jeu de ping‑pong sur "qui fait quoi".
  • Clarifier dès l’offre l’étendue de votre prestation de régulation et d’intégration éventuelle en GTB.

À ce stade, vous voyez bien que l’on sort largement du simple "choix de machine". On est pleinement dans de la gestion de projets CVC, exactement ce que recherchent les entreprises lorsqu’elles envoient leurs techniciens en formation sur mesure.

Du stress subi au pilotage assumé : monter en compétence rapidement

La bonne nouvelle, c’est qu’on ne naît pas chargé d’affaires VRV, on le devient. Et plutôt que d’empiler les erreurs en direct sur les chantiers clients, il existe des chemins bien plus intelligents.

Capitaliser sur chaque projet

Après chaque chantier, même difficile, prenez le temps de faire un retour d’expérience honnête :

  • Quelles lignes du devis ont explosé ? Matériaux, heures, sous‑traitance ?
  • Quels points techniques vous ont pris le plus de temps (schémas, mise en service, équilibrage) ?
  • Quelles demandes du client n’avaient pas été anticipées (horaires, consignes, cloisonnement) ?

Cet exercice, que beaucoup négligent, est celui qui fait passer d’un technicien "bricolant" à un profil structuré, capable d’encadrer un lot VRV et eau glacée sans trembler. C’est précisément la promesse d’une formation opérationnelle pour futurs chargés d’affaires : gagner en hauteur de vue autant qu’en technique.

Aller plus loin sans se perdre dans la théorie

Si vous souhaitez approfondir, appuyez‑vous sur des ressources officielles plutôt que sur des forums approximatifs. Les guides de conception des constructeurs sérieux, ou les notes techniques issues d’organismes comme l’AFNOR, sont une base fiable pour compléter votre expérience terrain.

Mais ne vous faites pas d’illusions : ce ne sont ni les logiciels ni les catalogues qui sauveront vos marges, mais votre capacité à piloter un projet dans son ensemble, du premier appel client jusqu’à la réception, en passant par le chiffrage et le suivi de chantier.

Et maintenant, que faire concrètement ?

Si vos prochains projets VRV arrivent déjà sur votre bureau, la meilleure chose à faire n’est pas d’espérer que "ça se passe bien". C’est de structurer votre approche, de vous outiller et éventuellement de vous faire accompagner pour éviter de réinventer la roue à chaque dossier.

Vous pouvez commencer simplement : revoir vos derniers devis, identifier vos angles morts, puis construire un plan de montée en compétence. Et si vous souhaitez aller plus loin, les modules dédiés VRV et Centrale de Traitement d’Air proposés par AC Project Engineering sont conçus pour transformer des techniciens solides en chargés d’affaires capables de garder la maîtrise, même sur les projets complexes.

En bref, vos premiers chantiers VRV détermineront souvent la confiance que votre direction vous accordera par la suite. Autant les aborder avec une méthode, des outils et une véritable culture de projet. Le reste, avec un peu d’exigence, suivra.

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