CVC des EHPAD publics : le crash annoncé des plans canicule 2026
En 2025, la canicule a déjà mis à nu la fragilité des CVC d'EHPAD publics en France. En 2026, la répétition des épisodes de chaleur va simplement achever les installations mal pensées. Ce texte n'est pas un énième plaidoyer climatique : c'est un mode d'emploi brutalement concret pour éviter le crash cet été.
Pourquoi les plans canicule ne tiennent pas sans CVC solide
Depuis la canicule de 2003, tout le monde connaît la chanson : plans d'urgence, brumisateurs, pièces fraîches, communication rassurante. Sur le papier, tout y est. Dans les bâtiments, c'est une autre histoire.
Dans la majorité des EHPAD publics que je croise, la mécanique est toujours la même :
- des chambres exposées plein sud, sans rafraîchissement digne de ce nom ;
- des CTA bricolées, incapables de maintenir un air hygiénique correct en période de canicule ;
- des VRV sous‑dimensionnés, pensés pour un climat d'avant 2010 ;
- des plans canicule qui supposent des lieux rafraîchis... qui n'existent pas vraiment.
Le ministère confirme pourtant noir sur blanc que la prévention chaleur en EHPAD repose aussi sur les caractéristiques du bâti et des équipements techniques. Le reste, ce sont des pansements. Vous pouvez le lire vous‑même sur le site du ministère des Solidarités.
Dans ce contexte, continuer à traiter le CVC comme un sujet "secondaire" est une faute professionnelle calme, froide, mais bien réelle.
Actualité 2026 : un climat qui n'a plus rien d'"exceptionnel"
L'analyse de Météo‑France sur les projections 2026 n'est pas exactement réjouissante : vagues de chaleur plus fréquentes, plus longues, plus précoces. Et surtout, des nuits tropicales qui empêchent les bâtiments de se décharger thermiquement.
Traduction concrète pour un directeur d'EHPAD :
- vous ne pouvez plus miser sur la fraîcheur nocturne pour compenser un CVC faible ;
- vos installations "juste suffisantes" en 2015 sont objectivement obsolètes ;
- les chambres en étage deviennent des pièges thermiques dès la fin juin.
Et pourtant, beaucoup de maîtres d'ouvrage continuent de traiter les projets CVC en EHPAD comme s'il s'agissait d'un hôtel saisonnier : un peu de confort, pas trop cher, on verra. Sauf qu'ici, on ne parle pas de touristes.
EHPAD publics : les 5 erreurs CVC que je retrouve en boucle
1 - Climatiser seulement quelques pièces "refuges"
Sur le papier, c'est séduisant : limiter les travaux de réhabilitation CVC, climatiser deux salles communes, et estampiller ça "pièce rafraîchie". Sauf que dans la vie réelle :
- les résidents les plus dépendants ne peuvent pas y être déplacés facilement ;
- le personnel est déjà en sous‑effectif, il ne peut pas gérer des transhumances permanentes ;
- le reste du bâtiment continue de chauffer, et rayonne sa chaleur partout.
Résultat : on se retrouve avec une oasis surpeuplée, inconfortable, qui ne règle rien structurellement.
2 - Systèmes CVC dimensionnés pour un été "moyen"
Beaucoup de bureaux d'études continuent d'utiliser des hypothèses climatiques standards, parfois même vieillissantes, pour dimensionner les installations. Sur un EHPAD en région lyonnaise que j'ai audité, le calcul de base datait de plus de 15 ans. Entre‑temps, les pics de température ont pris 3 à 4 °C. L'installation, elle, est restée identique.
On obtient alors :
- des VRV ou groupes d'eau glacée écrêtés, en permanence au taquet ;
- des vents de panique côté maintenance, qui surjouent la consigne froide pour "faire passer le coup de chaud" ;
- une dérive de consommation électrique hallucinante, pour un confort mitigé.
3 - Oublier l'air hygiénique
En période de canicule, la tentation est grande de couper ou de réduire la ventilation mécanique pour soulager les groupes froids. Sauf qu'un EHPAD, ce n'est pas un simple bâtiment tertiaire. La densité de personnes fragiles, les risques infectieux, l'usage intensif des espaces font que l'air hygiénique est non négociable.
Quand la CTA est mal pensée, mal régulée ou mal entretenue :
- les filtres saturent, la perte de charge explose, on réduit encore les débits ;
- les odeurs stagnent, la sensation de chaleur s'aggrave ;
- les résidents dorment dans un air chargé de CO₂ et d'odeurs corporelles.
Là, on n'est plus sur du confort. On est sur de la santé publique.
4 - Sous‑estimer l'inertie du bâtiment
Combien de fois ai‑je vu des directions se rassurer en disant : "On met un split dans chaque bureau sensible et ce sera bon". Non. Un bâtiment d'EHPAD, avec ses parois lourdes, ses toitures plates, ses combles parfois à peine ventilés, fonctionne comme un accumulateur de chaleur. Si le projet CVC ne tient pas compte de cette inertie, vous jouez avec une casserole fermée sur feu doux.
Résultat classique :
- même après le passage du pic caniculaire, les températures intérieures restent hautes pendant plusieurs jours ;
- le personnel s'épuise, les résidents accumulent la fatigue thermique ;
- vos statistiques de déshydratation s'envolent, en toute discrétion.
5 - Croire que l'existant est "intouchable"
Dernier mythe, tenace : "On ne peut pas toucher au CVC en exploitation, c'est trop complexe". C'est faux. Ce qui est compliqué, c'est de le faire sans méthode.
Or, des méthodes existent pour intervenir en site occupé, par phases, en priorisant les zones les plus critiques. C'est exactement ce que nous travaillons dans les modules sur la réhabilitation CVC sans tout casser ou sur le cas particulier des EHPAD.
Construire un plan CVC minimal mais crédible avant l'été 2026
Admettons : vous ne referez pas tout votre CVC d'ici juillet. Mais entre le déni et la rénovation totale, il y a une voie médiane très pragmatique.
1 - Cartographier les zones thermiquement ingérables
Commencez par un diagnostic ultra ciblé, mené par un chargé d'affaires ou un BET qui connaît réellement le terrain CVC, pas un généraliste du bâtiment :
- repérage des chambres qui dépassent régulièrement 28 °C l'été ;
- analyse des expositions, des derniers étages, des combles, des couloirs aveugles ;
- identification des CTA les plus critiques et de leurs secteurs desservis.
Cette cartographie, croisée avec les profils de vulnérabilité des résidents, donne une matrice de risque très concrète. Pas un rapport de 80 pages, une carte d'action.
2 - Clarifier la stratégie technique par type de zone
Sur cette base, vous pouvez définir pour chaque secteur une stratégie CVC assumée :
- Zones à sécuriser impérativement (chambres très dépendantes, unités Alzheimer, etc.) : climatisation ou rafraîchissement réel, contrôlé, redondant si possible.
- Zones à soulager fortement (salles de soins, bureaux du personnel) : renforts VRV, optimisation CTA, protections solaires simples.
- Zones résiduelles (circulations, locaux techniques) : gestion par ventilation, protections passives, ouverture nocturne maîtrisée.
Ce découpage évite deux pièges fréquents : étaler un budget limité sur l'ensemble du bâtiment, donc inefficace, ou au contraire tout concentrer sur une aile rénovée, en abandonnant le reste à son sort.
3 - Réviser sérieusement la régulation
Dans la plupart des EHPAD publics, la GTB est soit quasi inexistante, soit sous‑exploitée. Avant de changer le moindre groupe, il faut souvent :
- reprendre les lois d'eau et de soufflage en mode été ;
- recalibrer les consignes de température et d'hygrométrie ;
- sanctionner les dérives locales (splits rajoutés sans cohérence, chauffage qui tourne en été, etc.).
C'est exactement ce que nous traitons dans les modules de formation en gestion de projets CVC : comment arrêter de subir la régulation, et en faire un vrai levier de confort.
Cas de terrain : un EHPAD départemental qui a refusé le fatalisme
Je pense à un établissement public de 110 lits, en région PACA, audité en 2024. Bâtiment des années 90, faux plafonds serrés, CTA en toiture, quelques splits posés au fil de l'eau. Tableau classique.
Au lieu de se résigner, la direction a joué une autre carte :
- cartographie fine des zones les plus critiques avec mesures réelles sur une vague de chaleur ;
- sécurisation prioritaire de 40 chambres en unités Alzheimer par un réseau VRV et une CTA rénovée dédiée ;
- mise à niveau de la régulation sur les autres ailes, sans changement massif de matériel ;
- révision des procédures plan canicule pour intégrer les limitations réelles du CVC.
Résultat, l'été suivant : des journées difficiles, oui, mais pas de dérive massive. Pas de communication de crise dans la presse locale, pas de familles en colère dans le hall. Simplement un établissement qui a accepté de regarder son CVC en face, sans se raconter d'histoires.
Former les chargés d'affaires CVC : le chaînon manquant des EHPAD publics
Derrière tous ces sujets, il manque cruellement un profil : des chargés d'affaires CVC capables de parler à la fois le langage des directeurs d'établissement, des services techniques départementaux et des installateurs.
Ce n'est pas un problème de "machine" au sens strict. C'est un problème de culture de projet :
- capacité à traduire un plan canicule en exigences CVC concrètes ;
- maîtrise du dimensionnement CVC en climat dégradé, sans surdimensionner partout ;
- compétence en chiffrage fin, pour hiérarchiser les priorités sans se faire balayer par le budget.
C'est précisément le cœur des thématiques de formation CVC que nous développons : de la détente directe à l'air hygiénique en passant par les ventilo‑convecteurs eau glacée, avec cette obsession constante du projet crédible, réalisable, défendable.
Et maintenant ? Arrêter de jouer avec la météo
On peut continuer à empiler des plans canicule sur des installations CVC à bout de souffle. On peut aussi décider, enfin, de traiter le génie climatique des EHPAD publics comme un sujet de première ligne, pas comme un sous‑chapitre technique.
Si vous dirigez un établissement ou un service technique, la question n'est plus de savoir si l'été 2026 sera "exceptionnel". La seule question honnête, c'est : quel niveau de risque êtes‑vous prêt à assumer avec le CVC que vous avez aujourd'hui ?
Et, surtout, qui dans vos équipes maîtrise assez le sujet pour construire un plan d'action technique réaliste ? Si la réponse est floue, il est peut‑être temps d'investir dans la montée en compétences de vos chargés de projets, via une formation opérationnelle en gestion de projets CVC. Les vagues de chaleur, elles, ne vont pas attendre que les budgets se votent tranquillement.