Climatisation des EHPAD en France : l'angle mort avant les canicules 2026
Chaque été, les EHPAD français rejouent le même cauchemar : chambres surchauffées, air hygiénique indigent, plaintes de familles et équipes à bout. Pourtant, sur le papier, beaucoup d'établissements "ont de la climatisation". Le problème vient d'ailleurs : une absence criante de vraie gestion de projets CVC adaptée au grand âge.
Canicules 2026 : pourquoi les EHPAD sont en première ligne
Les projections météo pour 2026 ne sont pas rassurantes : en France, Météo‑France prépare déjà les esprits à une nouvelle série de vagues de chaleur précoces et tardives. Rien de très surprenant. Ce qui est plus choquant, c'est le décalage entre ce constat et l'état réel des installations CVC dans les EHPAD.
Dans la plupart des établissements que je visite, on retrouve la même constellation de problèmes :
- systèmes sous‑dimensionnés, pensés pour quelques jours de chaleur et non des semaines entières ;
- ventilation minimale, souvent dégradée, incapable de gérer CO₂, odeurs et pathogènes ;
- régulation archaïque, impossible à piloter finement par les soignants ;
- et une vision du confort encore calée sur les années 90, pas sur les canicules d'aujourd'hui.
La vulnérabilité des résidents, elle, n'a pas changé. Ce qui veut dire que la marge d'erreur CVC a disparu.
La grande illusion de la clim' dans les EHPAD
Quand un directeur d'EHPAD vous dit "on est climatisé", il faut traduire. Dans 80 % des cas, cela signifie :
- quelques zones de vie équipées de splits ou de cassettes ;
- des circulations à peine rafraîchies ;
- des chambres non traitées ou juste "tempérées" ;
- et une CTA vétuste quelque part dans le bâtiment, supposée épurer l'air.
C'est un peu comme si on affirmait qu'un hôpital est "ventilé" parce que le hall d'accueil est agréable. Sur le plan sanitaire, ça n'a pas de sens. Sur le plan humain, c'est presque indécent.
Les résidents les plus fragiles ne passent pas leurs journées dans les salons communs. Ils restent souvent en chambre, parfois alités, dépendants. Ce sont exactement ces pièces‑là qui sont les parents pauvres des budgets CVC.
Actualité réglementaire : la canicule n'est plus un aléa, c'est le nouveau normal
Depuis la canicule de 2003 et le plan national canicule, l'État n'a cessé de rappeler la nécessité d'adapter les établissements médico‑sociaux. Le ministère de la Santé publie régulièrement des recommandations, accessibles sur solidarites-sante.gouv.fr. Sur le papier, la prise de conscience existe.
Mais la traduction en génie climatique reste timide. On multiplie les plans d'urgence, les brumisateurs, les bouteilles d'eau et les ventilateurs de fortune. On investit beaucoup moins volontiers dans des CTA correctement dimensionnées, des VRV bien conçus, des ventilo‑convecteurs silencieux, une régulation intelligible par les soignants.
Ce n'est pas un problème technique. Les solutions existent, et elles sont connues. C'est un problème de culture de projet et de hiérarchisation des priorités.
Les erreurs CVC qu'on retrouve en boucle dans les EHPAD
1. Dimensionner comme un immeuble tertiaire classique
La tentation est forte de copier‑coller des approches bureaux : débits d'air standard, températures de consigne génériques, stratification verticale non traitée, GTB pensée pour des employés autonomes. Mais on ne gère pas un plateau open space comme un EHPAD de 80 résidents polypathologiques.
En génie climatique, cela veut dire que :
- les charges internes (apports métaboliques, matériel médical, dégagements divers) sont sous‑estimées ;
- les taux d'occupation ne sont pas comparables à des bureaux ;
- les fenêtres ne sont pas ouvertes "pour se rafraîchir" comme en tertiaire ;
- les marges de manœuvre des occupants sont quasi nulles.
Si vous calquez bêtement vos hypothèses de calcul tertiaire, vous foirez le projet. Point.
2. Sous‑traiter l'air hygiénique au bon vouloir de la CTA
Dans beaucoup d'EHPAD, l'air hygiénique est vu comme un mal nécessaire. On pose une CTA plus ou moins correctement sélectionnée, on distribue des gaines à travers les circulations, et on espère que l'air frais finira par atteindre les résidents.
Problème : sans réflexion sérieuse sur les débits pièce par pièce, les cheminements, les pertes de charge réelles, les régimes d'été et d'hiver, on obtient des chambres asphyxiées, des couloirs glacés, des zones mortes. Et une facture énergétique qui s'envole.
C'est tout le contraire de l'approche structurée qu'on défend dans nos modules Centrale de Traitement d'Air et qualité de l'air en milieu sensible : partir de l'usage réel, des risques sanitaires, des contraintes d'exploitation, pas du catalogue fabricants.
3. Oublier que le bruit est aussi une forme de violence
Autre point souvent négligé : le bruit CVC. Ventilo‑convecteurs bas de gamme, régulation tout ou rien, unités extérieures mal implantées... Dans un EHPAD, le bruit n'est pas qu'une gêne. C'est une source d'agitation, de confusion, parfois de chute chez des résidents déjà désorientés.
Vouloir "climatiser vite" sans traiter ce sujet, c'est créer un nouveau problème en prétendant en résoudre un ancien.
Méthode terrain : reprioriser un projet CVC EHPAD avant l'été 2026
Si vous êtes chargé d'affaires ou responsable technique, vous n'avez probablement ni le budget, ni le temps pour tout refaire avant les prochaines canicules. Mais vous pouvez arrêter de subir en réorganisant complètement votre façon d'aborder ces projets.
1. Cartographier le risque thermique, pas seulement les équipements
Avant même d'ouvrir un catalogue de CTA ou de VRV, prenez un plan et identifiez :
- les chambres les plus exposées (dernier étage, façade ouest, combles) ;
- les résidents les plus vulnérables (lit médicalisé, pathologies, isolement) ;
- les zones de repli possibles (salons, salles polyvalentes déjà climatisées) ;
- les axes de circulation permettant une évacuation temporaire en cas de surchauffe.
Cette grille de lecture change tout. Vous n'êtes plus dans la logique "climatiser tout le monde pareil", mais "sécuriser d'abord les risques vitaux". C'est dur à entendre, mais c'est ça, le réel.
2. Proposer une stratégie en paliers, techniquement solide
Ensuite, construisez un plan en plusieurs étages, que vous pouvez expliquer simplement aux directions d'EHPAD :
- Palier 1 - Mesurer et comprendre : capteurs de température et d'humidité dans un échantillon de chambres, enregistrements sur plusieurs semaines, analyse des périodes critiques, corrélation avec les plaintes.
- Palier 2 - Optimiser l'existant : réglages fins des CTA, équilibrage des réseaux, reprise des consignes, amélioration de la régulation (et de son ergonomie), traitement des fuites d'air grossières.
- Palier 3 - Cibler les renforts CVC : ventilo‑convecteurs à eau glacée dans les chambres les plus exposées, VRV sur certaines ailes, solutions de rafraîchissement adiabatique dans les zones communes si pertinent.
- Palier 4 - Réhabilitation lourde : projet global sur plusieurs années, couplant isolation, remplacement complet de la production et refonte des distributions d'air, dans l'esprit de la méthode décrite dans notre article sur la réhabilitation CVC.
L'idée n'est pas de vendre du rêve, mais de donner une trajectoire crédible. Les directions d'EHPAD savent très bien qu'elles n'auront pas tout tout de suite. Elles ont besoin de priorisation argumentée.
3. Penser d'emblée l'exploitation par des soignants, pas par des ingénieurs
Dans un EHPAD, ce ne sont pas des techniciens CVC qui pilotent la climatisation au quotidien. Ce sont des infirmiers, des aides‑soignants, parfois des agents de service polyvalents. Si la régulation est illisible, si les interfaces sont absconses, si les scénarios de fonctionnement ne sont pas expliqués, l'installation ne donnera jamais son plein potentiel.
Cela implique, dès la phase de projet :
- des consignes simples ("mode canicule", "mode mi‑saison") ;
- des interfaces claires, sans jargon ;
- des documents d'exploitation pensés pour le terrain, pas pour les archives ;
- et, osons le dire, une vraie formation, dans l'esprit des parcours que nous avons structurés chez AC Project Engineering pour les chargés d'affaires.
Storytelling : l'EHPAD qui a arrêté de subir la météo
Un établissement de taille moyenne, dans le sud‑ouest. Bâtiment des années 2000, quelques splits dans les salles à manger, CTA vieillissante, chambres étouffantes chaque été. L'équipe n'en peut plus, les familles menacent de médiatiser la situation.
Le réflexe classique aurait été de "climatiser tout le monde", en plantant du monosplit à tout‑va. Ils ont fait l'inverse. Avec leur chargé d'affaires CVC, ils ont accepté un diagnostic sans complaisance :
- cartographie fine des températures et de l'humidité sur deux étés ;
- identification d'une vingtaine de chambres en risque élevé, principalement sous toiture ;
- analyse de l'état réel des réseaux d'air existants.
Au lieu de tout casser, le projet a consisté à :
- remplacer la CTA par un modèle bien dimensionné, avec récupération et meilleure régulation ;
- installer des ventilo‑convecteurs à eau glacée silencieux dans les chambres les plus critiques, avec une vraie réflexion sur les émetteurs et la régulation pièce par pièce ;
- réserver la pose de splits à quelques salles stratégiques de repli, à utiliser en cas de canicule extrême.
Ce n'était pas parfait, ce n'était pas intégral. Mais l'été suivant, ils ont traversé trois épisodes sérieux de chaleur sans chambre au‑delà de 28 °C, avec un plan d'action simple compris par toute l'équipe. À budget maîtrisé. C'est cela, un projet CVC EHPAD réussi : pas la perfection, mais une baisse nette du risque vital.
Chiffrer sans se brûler : arrêter le bricolage de devis CVC en médico‑social
Sur ce secteur, beaucoup d'entreprises se brûlent les ailes : remises massives, marges écrasées pour "prendre pied", devis construits à la hâte sur des plans obsolètes... et, évidemment, dérives en chantier. On retrouve la même mécanique que dans les cas que nous avons disséqués dans Pourquoi vos devis CVC explosent.
Pour les EHPAD, il faut accepter une réalité brutale : si vous ne facturez pas l'étude sérieuse en amont, vous la paierez en sinistres, en pénalités, ou en réputation. Quelques garde‑fous élémentaires :
- conditionner tout devis à une visite complète et à un relevé des installations existantes ;
- isoler clairement dans votre offre la partie "adaptation au changement climatique" ;
- documenter vos hypothèses de températures extrêmes (en vous appuyant par exemple sur les données de Météo‑France) ;
- prévoir un poste dédié à la mise au point en période de forte chaleur, pas en plein mois de novembre.
C'est cette honnêteté technique - parfois rugueuse à expliquer - qui finit par créer de la confiance. Et, incidemment, des projets qui tiennent debout.
Pour 2026, viser mieux que "subir un peu moins"
Les canicules à venir ne laisseront pas beaucoup de marge aux établissements fragiles. Continuer à bricoler des solutions CVC d'EHPAD comme on aménage un coin détente dans des bureaux est une faute professionnelle, au sens propre.
Pour les acteurs du génie climatique, il y a là une responsabilité, mais aussi une opportunité : celle de redevenir centraux dans la conversation sur la santé, le vieillissement, la dignité. Cela passe par des projets exigeants, des chiffrages propres, une pédagogie patiente auprès des directions, et une vraie montée en compétence - ce que nous cultivons, module après module, avec nos formations sur mesure en gestion de projets CVC.
Si vous avez un EHPAD dans votre portefeuille client, la bonne question n'est plus "est‑ce qu'on met la clim ?", mais "quel risque thermique acceptons‑nous encore en 2026, et avec quelles armes techniques allons‑nous le réduire ?". Pour éclairer ce genre de décision, rien ne vaut un échange structuré : le formulaire Contact est là pour ça, avant que les 35 °C ne soient déjà au rendez‑vous.