Préparer ses projets CVC de bureaux au télétravail hybride en 2026

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Les bâtiments de bureaux français sont en train de devenir des coquilles à moitié vides, mais leurs installations CVC continuent de tourner comme si tout le monde était présent. À l’ère du télétravail hybride, il est urgent de repenser la gestion de projets CVC pour sortir du grand gâchis énergétique et sanitaire qui se profile.

Un open space à 20 % d’occupation, une CTA à 100 % : l’absurdité quotidienne

Depuis 2020, le télétravail s’est installé, qu’on le veuille ou non. En 2024, l’INSEE estimait qu’environ 27 % des salariés français pratiquaient une forme de télétravail régulier, et ce chiffre continue de grimper dans le tertiaire. Pourtant, les installations CVC, elles, restent dimensionnées et pilotées comme si les plateaux étaient pleins du lundi au vendredi.

Le résultat est double :

  • Des consommations énergétiques absurdes pour des zones faiblement occupées.
  • Une qualité d’air hygiénique inégale, avec des poches surventilées et des salles de réunion étouffantes.

Et dans ce théâtre, le chargé d’affaires CVC se retrouve en première ligne : pris entre des CCTP obsolètes, une RE2020 exigeante, des donneurs d’ordres qui veulent tout… sans payer plus.

2026 : ce que change vraiment le télétravail hybride pour le CVC

Une occupation qui n’est plus prévisible

Avant, le scénario était simple : 8 h - 19 h, du lundi au vendredi, occupation plus ou moins stable. Aujourd’hui, un même plateau peut :

  • Être plein le mardi, à moitié vide le mercredi.
  • Voir une équipe entière en présentiel pour deux jours de séminaire.
  • Se transformer en zone quasi morte certains vendredis.

Les systèmes VRV, les centrales de traitement d’air, les ventilo‑convecteurs ne sont pas magiques : ils réagissent à ce qu’on leur demande. Si la régulation reste figée sur un scénario "bureau classique", tout ce qui fait la promesse du génie climatique - le confort, la maîtrise des coûts, la santé des occupants - s’effrite.

La pression réglementaire sur l’air intérieur et l’énergie

Les textes français sur la surveillance de la qualité de l’air intérieur dans les établissements recevant du public, et plus largement les recommandations d’organismes comme l’ANSES ou l’ADEME, ont remis sur le devant de la scène ce que beaucoup de professionnels savaient déjà : ventiler correctement ne se résume pas à brasser de l’air.

Dans un bâtiment de bureaux en télétravail hybride, c’est presque une provocation : on surventile des zones quasi vides, on maltraite les salles de réunion occupées à 120 % de leur jauge initiale, et on prétend cocher la case "qualité d’air" parce qu’on a mis deux sondes de CO₂.

Les erreurs classiques qui rendent un projet CVC inadapté au télétravail

1 - Dimensionner comme avant en espérant que la régulation rattrapera

La première erreur est presque psychologique : continuer à dimensionner comme si l’occupation était homogène et permanente, en se disant que "la GTB fera le reste". C’est confortable en étude, mais totalement irréaliste en pratique.

Un vrai dimensionnement pour 2026 doit intégrer :

  • Des zones clairement identifiées comme flexibles ou intermittentes.
  • Des volumes réellement occupés en pointe, pas des projections irréalistes du maître d’ouvrage.
  • La possibilité de couper, abaisser ou reconfigurer facilement certaines zones.

Ce travail de cadrage est traité de façon très concrète dans nos modules sur le dimensionnement d’installations CVC, qu’il s’agisse de VRV ou d’eau glacée.

2 - Oublier que la ventilation doit suivre l’occupation réelle

Deuxième erreur : considérer la Centrale de Traitement d’Air comme un simple "fond sonore" technique, calé sur des débits constants et un horaire fixe.

Dans un plateau hybride, ce choix se paie cher :

  • En sous‑occupation : gaspillage massif de chauffage ou de rafraîchissement de l’air neuf.
  • En sur‑occupation ponctuelle : CO₂ qui explose dans les salles de réunion, maux de tête, baisse de productivité.

Les solutions existent : variation de débit en fonction du CO₂, pilotage par horaires dynamiques, zonage plus fin des réseaux. Mais cela suppose que la ventilation soit traitée comme un lot stratégique à part entière.

3 - Régulation GTB configurée une fois… puis jamais revue

Autre classique de la vie de chantier : la GTB est paramétrée une fois, souvent à la hâte pour passer la réception. Trois ans plus tard, la configuration est identique, alors que l’usage du bâtiment a complètement changé avec le télétravail.

La régulation CVC doit devenir un objet vivant du projet :

  • Capable de gérer des modes "occupation variable" par zone.
  • Documentée pour que l’exploitant puisse intervenir sans craindre de tout dérégler.
  • Révisée saisonnièrement, comme on révise une stratégie de production.

C’est dans cette logique qu’un chargé d’affaires ou un responsable de projet bien formé à la régulation GTB fait une différence majeure sur le terrain.

Cas d’usage : un plateau de 200 postes… utilisé à 60 maximum

Prenons un exemple concret, inspiré de ce qu’on observe dans de nombreux immeubles tertiaires récents en France : un plateau de 200 postes, pensé en open space avec quelques bulles de réunion. Avant 2020, tout le monde venait quotidiennement. En 2026, la réalité est tout autre :

  • Présence maximale constatée : 60 personnes un mercredi.
  • Occupation moyenne : 30 à 40 personnes, très variable selon les jours.
  • Salles de réunion saturées trois jours par semaine, vides le reste du temps.

Côté CVC :

  • VRV dimensionné pour 200 personnes, quasiment jamais sollicité à pleine puissance.
  • CTA à débit constant, pilotée uniquement par horaire.
  • GTB figée sur des courbes supposant un "bâtiment plein".

Résultat :

  • Confort thermique acceptable mais très inégal : certains postes ont froid, d’autres trop chaud.
  • Surconsommation énergétique d’air neuf les jours creux.
  • Qualité d’air médiocre dans les petites salles de réunion très utilisées.

La reprise de contrôle a été menée en trois temps :

  1. Audit détaillé de l’occupation réelle (badges, capteurs de présence, entretiens).
    On a découvert que 30 % du plateau n’était quasiment jamais utilisé.
  2. Rezonage CVC : création de zones à occupation intermittente avec horaires et consignes spécifiques, ventilation adaptative sur les zones critiques.
  3. Reparamétrage GTB : lois d’eau ajustées, nouveaux scénarios jour creux / jour plein, pilotage dynamique de la CTA en fonction du taux d’occupation.

En un an, les économies d’énergie ont avoisiné les 20 %, avec surtout une nette amélioration de la satisfaction des occupants. Rien de révolutionnaire : simplement une gestion de projet CVC alignée avec la réalité d’usage.

Comment concevoir dès aujourd’hui des projets CVC compatibles télétravail

Mettre l’usage réel au cœur du dimensionnement

La première compétence à renforcer est presque une compétence de sociologie appliquée : comprendre l’usage réel d’un bâtiment. Pour un projet en 2026, il faut exiger :

  • Des scénarios d’occupation réalistes discutés avec les RH et les managers.
  • Des hypothèses différenciées par zone (open space, salles de réunion, phone boxes…).
  • Une capacité de réversibilité : ce qui est conçu pour 200 aujourd’hui doit rester cohérent pour 120 demain.

C’est là qu’un professionnel bien formé à la gestion de projets CVC peut faire toute la différence : il sait traduire ces usages en puissances, en débits et en choix d’architectures (VRV, CTA, ventilo‑convecteurs eau glacée…).

Travailler la ventilation et l’air hygiénique comme un lot critique

On ne le répétera jamais assez : le vrai sujet sanitaire des bureaux hybrides, ce n’est pas la climatisation, c’est la ventilation. Il faut cesser de concevoir les CTA comme des boîtes noires.

Sur un projet, cela implique :

  • D’intégrer très tôt le choix des CTA, des grilles et des systèmes d’équilibrage, comme nous le faisons dans le module Centrale de Traitement d’Air.
  • De prévoir des stratégies de modulation : débit variable, pilotage CO₂ par zone pertinente.
  • De garantir une exploitation simple : pas de réglages incompréhensibles, pas de dépendance totale à un intégrateur GTB introuvable.

Anticiper la réhabilitation plutôt que la subir

Une grande partie du parc tertiaire français ne sera pas reconstruite mais réhabilitée. Le sujet n’est donc pas seulement de concevoir des bâtiments neufs intelligents, mais d’adapter l’existant sans tout démolir. Une approche méthodique, comme celle présentée dans les projets de réhabilitation CVC, devient alors essentielle.

Les clés :

  • Cartographier l’existant : réseaux, équipements, régulation, contraintes d’occupation.
  • Identifier ce qui peut être conservé, adapté ou reconfiguré en zones flexibles.
  • Planifier les travaux par séquence compatible avec une occupation partielle (et un télétravail déjà en place).

Former les équipes CVC à penser "usage" plutôt que catalogue

On retrouve derrière tout cela la même exigence : sortir du réflexe catalogue, des projets recopiés, des courbes copiées‑collées d’un dossier à l’autre. Le télétravail hybride n’est pas une parenthèse, c’est une nouvelle norme structurelle. Ceux qui continuent à concevoir des installations comme en 2010 s’exposent à des années difficiles.

À l’inverse, les chargés d’affaires, techniciens et responsables de projet qui choisissent de se former sérieusement à l’ensemble du métier — dimensionnement, sélection d’équipements, chiffrage, régulation — prennent une longueur d’avance. C’est précisément l’objectif de la pédagogie d’AC Project Engineering : une vision terrain, concrète, qui relie études, chantier et exploitation.

Et maintenant ? Faire de vos prochains projets des bâtiments vivants

On pourrait croire que tout cela est une contrainte supplémentaire. C’est au contraire une occasion exceptionnelle d’élever le niveau du génie climatique dans les bureaux : moins de gaspillage, plus de confort, des installations adaptées aux rythmes réels du travail.

La question, pour chaque acteur — bureaux d’études, installateurs, maîtres d’ouvrage — est simple : veut‑on continuer à surventiler des chaises vides ou prendre au sérieux l’usage, la régulation et la formation des équipes ?

Si vous souhaitez structurer votre approche, que ce soit sur le VRV, la CTA ou les ventilo‑convecteurs eau glacée, vous pouvez découvrir nos modules de formation CVC en ligne ou prendre rendez‑vous pour discuter de vos projets tertiaires. Les bureaux hybrides ne pardonneront pas les installations approximatives ; autant s’y préparer avec méthode.

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