Préparer ses projets CVC aux vagues de chaleur 2025 sans surdimensionner

Date : Tags : , , , ,

Les vagues de chaleur 2025 s'annoncent plus longues et plus agressives, et les maîtres d'ouvrage exigent déjà des garanties sur le confort d'été. Entre climatisation surdimensionnée, contraintes RE2020 et budgets serrés, comment un chargé d'affaires CVC peut‑il rester lucide et dimensionner juste ses installations climatisation‑ventilation sans se tirer une balle dans le pied pour les 15 prochaines années ?

Canicules à répétition, réflexes archaïques

Chaque été récent l'a montré, et les données de Météo‑France sont brutales : les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes, plus longues, et s'invitent désormais au printemps comme à l'automne. Face à cela, la réaction réflexe de nombreux acteurs reste la même : "On augmente les puissances, on met du froid partout et on verra bien."

C'est une impasse. Sur le plan énergétique, réglementaire, mais aussi commercial. Un maître d'ouvrage un peu sérieux n'accepte plus un projet où l'on balance du monosplit à tous les étages comme en 2005. Et pourtant, sur le terrain, on voit encore des chiffrages construits au pas de charge, qui empilent du matériel sans vraie stratégie de confort.

Préparer 2025, ce n'est pas rajouter une couche de puissance. C'est revoir la façon dont on pense la chaîne climatisation - ventilation - régulation, notamment dans le tertiaire et le petit collectif.

Confort d'été : ce que la réglementation dit vraiment

Entre fantasmes et texte réglementaire

On entend de tout sur la RE2020 et sur le fameux "confort d'été". Certains croient qu'elle interdit la climatisation, d'autres qu'elle l'impose presque. La réalité est un peu moins caricaturale. Ce que le législateur demande, c'est un niveau de confort acceptable sans explosion de la consommation énergétique, et surtout sans solutions rustines.

Pour la France, les ressources officielles comme le site du Ministère de la Transition écologique et l'ADEME rappellent les grands principes : limiter les surchauffes, privilégier l'enveloppe, optimiser la ventilation, et n'utiliser la climatisation que lorsque c'est réellement justifié. Autrement dit, l'époque du "tout froid" assumé est révolue.

Pour un chargé d'affaires, cela change tout. Il ne s'agit plus seulement de vendre du kW froid, mais de bâtir un raisonnement global, articulé avec les autres corps d'état, et de le défendre techniquement en réunion.

Le piège des puissances de confort gonflées

Là où cela devient pervers, c'est que la peur de la canicule pousse certains clients à exiger des températures cibles absurdes. On vous demande du 21 °C en plein été dans un open space vitré triple orientation, comme si on pilotait un data center. Si vous cédez, vous surdimensionnez tout : unités extérieures, réseaux, alimentation électrique, groupes froids. Et vous vous retrouvez à devoir vendre un monstre énergétique à contre‑courant de tout ce que défend le secteur.

Le rôle d'un responsable projet CVC, c'est précisément de résister à cette dérive, avec des arguments techniques solides. C'est là que la maîtrise des bases - bilans thermiques, apports internes, inertie, gestion du free‑cooling - redevient centrale. On n'est plus dans la "clim à la demande", mais dans une conception raisonnée des systèmes CVC.

Préparer la vague de chaleur dès l'étude, pas en SAV

1. Clarifier noir sur blanc le niveau de confort visé

En amont du chiffrage, trois questions devraient être posées systématiquement :

  1. Sur quelle plage horaire précise le confort est‑il exigé (et pas seulement "heures de bureau") ?
  2. Quel est le niveau d'acceptabilité d'une dérive ponctuelle de température pendant les pics (1 à 2 °C, plus ?) ?
  3. Quelles zones sont réellement critiques (salles de réunion, locaux sensibles, bureaux de direction) et lesquelles peuvent tolérer une légère surchauffe contrôlée ?

Tant que cela n'est pas clarifié par écrit, le risque contractuel reste énorme. Le jour où une canicule frappe Paris, Lyon ou Marseille pendant une semaine entière, vous ne voulez pas vous battre sur la base de "il me semblait que". Vous voulez sortir un document, validé en amont, qui précise les engagements réalistes.

Ce type de rigueur s'apprend, et s'incarne très concrètement dans nos modules dédiés aux systèmes d'air hygiénique et ventilo‑convecteurs, qui touchent directement à ces sujets de confort d'été.

2. Travailler les systèmes plutôt que les marques

Bien sûr, les grands fabricants - Daikin, Mitsubishi Electric, Lennox, Swegon, Carrier, Atlantic - poussent leurs solutions pour répondre à l'enjeu climatique. Mais si vous attaquez un projet par la marque plutôt que par le système, vous avez déjà perdu la bataille.

Commencez par définir la colonne vertébrale de l'installation :

  • VRV / DRV avec récupération de chaleur pour les bâtiments tertiaires à occupation variable ;
  • couple CTA + ventilo‑convecteurs eau glacée pour des immeubles plus lourds, avec vraie priorité à l'air hygiénique ;
  • multisplit intelligemment répartis sur de petites surfaces réversibles où la centralisation n'a pas de sens.

Ensuite seulement, on discute marque, accessoires, outils de régulation (Distech Controls, Siemens, etc.). Ce renversement d'ordre paraît anodin, il change en réalité profondément la façon dont vous argumentez votre offre face aux autres.

3. Ventilation et air hygiénique : l'allié oublié du confort d'été

Autre angle mort classique quand on parle de canicule : la ventilation. On cherche de la clim, on oublie l'air. C'est absurde, surtout dans des bâtiments de bureaux ou des établissements recevant du public.

Une CTA correctement dimensionnée et pilotée peut :

  • limiter les surchauffes nocturnes par surventilation ciblée ;
  • exploiter le free‑cooling là où c'est pertinent ;
  • assurer un renouvellement d'air suffisant pour éviter cette impression de "bocal" qui fait monter la plainte des occupants.

Dans la pratique, les dérives de température que vous prenez en pleine figure en SAV sont souvent moins liées à un manque de kW froid qu'à un schéma d'air mal pensé. Et cela, c'est votre responsabilité dès l'étude. D'où l'importance de maîtriser les fondamentaux de dimensionnement de CTA et de les traduire dans vos bordereaux.

Cas concret : un immeuble tertiaire face à la canicule

Imaginons un immeuble tertiaire récent en périphérie de Lyon, 4 niveaux, double orientation sud‑ouest très vitrée. Le propriétaire s'inquiète : les canicules de 2022 et 2023 ont provoqué une explosion des plaintes des occupants. Il exige un "confort garanti" pour 2025, mais refuse un budget illimité.

Deux approches se présentent :

  • la fuite en avant : ajout massif d'unités de climatisation type multisplit, sans revoir sérieusement la ventilation ni la régulation existante ;
  • la stratégie cohérente : révision des consignes, recalage du fonctionnement CTA, optimisation de la diffusion d'air, renforcement ciblé de la climatisation dans les zones réellement critiques, et surtout mise en place d'une régulation un peu plus intelligente que le simple tout‑ou‑rien.

La première approche fait plaisir immédiatement au client - il voit du matériel, beaucoup, partout. La seconde impose des explications pédagogiques plus fines, mais elle tient le choc économiquement, réglementairement et techniquement. Elle suppose simplement que le chargé d'affaires ait les épaules pour porter ce discours, ce qui n'est pas toujours le cas sans une vraie montée en compétence.

C'est exactement ce type de posture que nous travaillons dans notre philosophie de formation : former des professionnels capables de dire non à des demandes absurdes, argumenter, proposer des variantes, plutôt que de se comporter comme de simples vendeurs de puissance frigorifique.

Et aux Emirats Arabes Unis, on fait quoi ?

Le contexte des Emirats Arabes Unis, où nous intervenons également, pousse la logique encore plus loin. Là‑bas, la canicule n'est pas un événement exceptionnel, c'est la norme. Et pourtant, même à Dubaï ou Abu Dhabi, on commence à parler sobriété, performance réelle et optimisation des réseaux CVC.

Sur ces marchés très exigeants, les maîtres d'ouvrage challengent en profondeur les choix techniques : VRV multi‑marques, centrales de traitement d'air haut rendement, domotique avancée, récupération d'énergie, stockage de froid. Si vous arrivez avec une approche de dimensionnement qui se limite à "il fait chaud donc on met beaucoup de froid", vous sortez du jeu immédiatement.

La leçon est simple : ce qu'on voit se structurer aujourd'hui aux Emirats annonce, souvent avec quelques années d'avance, des demandes similaires en Europe. Anticiper ces évolutions dans votre pratique de chargé d'affaires en France, c'est prendre un temps d'avance très concret.

Monter en compétence avant la prochaine vague

On peut toujours se rassurer en se disant que la prochaine canicule sera gérable comme la précédente, à coups d'interventions en urgence et d'ajouts de machines. C'est un pari risqué, économiquement fragile, et intellectuellement paresseux.

La réponse adulte, pour un professionnel du génie climatique, consiste plutôt à revoir sérieusement sa boîte à outils : bilans thermiques, scénarios de confort, articulation climatisation‑ventilation, compréhension fine des systèmes VRV, CTA et ventilo‑convecteurs. Cette boîte à outils ne se construit pas en lisant deux fiches fabricants un soir d'août ; elle se construit dans la durée, avec des modules structurés, exigeants, connectés au terrain.

Si vous sentez que vos prochains projets risquent d'être bousculés par les vagues de chaleur 2025, c'est probablement le bon moment pour investir dans cette montée en compétence. Parcourez nos thématiques de formation en ligne, jetez un oeil à ce que disent ceux qui sont déjà passés par là dans la rubrique témoignages, et n'hésitez pas à prendre rendez‑vous. Les canicules, elles, ne vont pas vous attendre. Autant arriver prêt.

À lire également