Hôtels mal climatisés en hiver : le vrai coût des chambres inconfortables

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Dans beaucoup d’hôtels français, l’hiver révèle cruellement les failles des installations CVC, entre chambres surchauffées, air sec, VMC paresseuse et plaintes clients en rafale. Cet article démonte les erreurs récurrentes côté gestion de projets CVC et propose une méthode, pas théorique du tout, pour arrêter d’user les équipes et la réputation de l’établissement.

Pourquoi autant d’hôtels sont inconfortables… alors qu’ils sont "aux normes"

Sur le papier, les installations sont correctes : puissance calculée, réglementation respectée, fiches techniques en règle. Et pourtant, dans les faits, on se retrouve avec des chambres à 25 °C en plein mois de janvier, des fenêtres entrebâillées, et des clients qui dorment mal. La raison tient rarement à un seul facteur : c’est l’addition de petites lâchetés techniques et de compromis mal pensés.

En 2024, plusieurs études sur le confort dans l’hôtellerie ont rappelé un point brutal mais évident : le confort thermique et l’air hygiénique se retrouvent systématiquement dans le top 3 des motifs de satisfaction… ou d’insatisfaction. Et pourtant, les projets continuent d’être menés comme si le CVC n’était qu’une ligne de budget à optimiser.

Le problème, ce n’est pas seulement le matériel. Ce sont les choix de conception, de régulation et d’exploitation, rarement pensés ensemble. C’est ce que nous allons décortiquer.

Hiver 2025‑2026 : un contexte qui ne pardonne plus les erreurs CVC

Entre sobriété énergétique et clients plus exigeants

Les hôteliers sont pris en étau : d’un côté, la pression réglementaire et la hausse des prix de l’énergie, de l’autre, des clients qui notent tout sur Booking et Google avec un niveau de tolérance proche de zéro. Un radiateur bruyant, une climatisation qui souffle trop fort, une odeur de renfermé : tout finit en commentaire public.

Selon l’ADEME, l’hôtellerie fait partie des secteurs les plus exposés sur la question énergétique. Or, quand on regarde en détail les consommations, une part démesurée part dans le chauffage mal régulé, la climatisation laissée à fond et les systèmes de ventilation sous‑exploités ou déséquilibrés.

Un hiver plus doux… mais plus instable

Les derniers hivers en Europe ont été globalement plus doux, mais avec des séquences très variables : 5 °C le matin, 18 °C l’après‑midi, soleil sur façade sud. Pour les installations CVC d’hôtels, c’est un cauchemar quand la régulation est mal pensée : le système ne sait plus s’il doit chauffer, refroidir, ventiler davantage, et les chambres deviennent des étuves le soir.

Ce phénomène, que certains climatologues ont qualifié de "canicule d’hiver" sur certaines périodes, met simplement à nu ce que les installateurs savent depuis longtemps : si la régulation n’est pas conçue comme un vrai sujet de projet, l’installation devient incontrôlable dès que la météo sort du scénario moyen.

Les 5 erreurs de conception CVC qu’on retrouve toujours dans l’hôtellerie

1 - Sous‑estimer la charge interne réelle des chambres

La plupart des calculs thermiques d’étude prennent des hypothèses flatteuses : un ou deux occupants, peu d’équipements, soleil modéré. Dans la vraie vie, vous avez :

  • Deux personnes + bagages + appareils en charge partout,
  • Rideaux fermés ou ouverts de façon aléatoire,
  • Éclairage qui reste allumé plus que prévu,
  • Parfois un mini‑frigo, une bouilloire, etc.

Résultat : la chambre est surchauffée alors que la consigne n’a rien d’extravagant. Un chargé d’affaires CVC qui ne challenge pas ces hypothèses en amont fabrique, sans le dire, de futures réclamations.

2 - Ventilo‑convecteurs mal sélectionnés et injustement bridés

Dans la quête d’économies, on voit encore trop de ventilo‑convecteurs sous‑dimensionnés ou choisis uniquement au prix. Ensuite, pour limiter le bruit, on bride la vitesse de ventilation. Au final, en hiver :

  • Les chambres en façade nord n’atteignent jamais le confort,
  • Celles en façade sud montent trop vite en température,
  • Les temps de réponse sont catastrophiques après une période non occupée.

C’est exactement le type de problématique que nous travaillons dans le parcours de formation sur les projets "Eau glacée" et ventilo‑convecteurs.

3 - CTA sous‑exploitées et réseaux mal équilibrés

Une Centrale de Traitement d’Air mal réglée, c’est la garantie d’un air perçu comme "lourd" dans les couloirs et de chambres où l’hygrométrie joue au yo‑yo. Dans les hôtels, la dérive classique :

  1. Le réseau est mal équilibré à la réception.
  2. On compense en remontant les vitesses de ventilateurs.
  3. Le bruit augmente, les équipes de réception se plaignent.
  4. On baisse la ventilation pour le confort acoustique… et on oublie d’y revenir.

Le confort d’hiver n’est pas que thermique : sans un débit d’air hygiénique suffisant, vous obtenez des chambres sèches, mais paradoxalement "étouffantes".

4 - Régulation pensée pour le BE, pas pour l’utilisateur

Le chef‑d’œuvre d’absurdité reste la régulation impossible à comprendre pour un client qui reste 1 ou 2 nuits. Une interface cryptique, des consignes verrouillées, des seuils trop serrés… et vous obtenez un cocktail parfait pour que les gens ouvrent la fenêtre en plein hiver.

Dans les projets, cela se joue à un niveau très concret :

  • Choix d’organes de régulation cohérents (V2V/V3V, sondes, GTB),
  • Stratégie claire sur les modes Eco / Confort / Hors‑occupation,
  • Paramétrage réel, documenté, et testé.

Sur ce point, la responsabilité des équipes projet est totale. Et c’est précisément l’un des angles forts de notre module Thématiques sur la maîtrise de la régulation.

5 - Zéro retour d’expérience intégré dans les nouveaux projets

Combien d’hôtels rénovés sans qu’on ait pris le temps d’analyser trois ans de retours clients et d’incidents techniques sur le CVC ? C’est pourtant l’or massif du projet. Sans ce retour d’expérience, on répète les mêmes erreurs, simplement avec des équipements plus récents.

Un véritable gestionnaire de projets en génie climatique devrait considérer les avis clients et les historiques GTB comme des données d’étude de base, au même titre qu’un plan ou un CCTP.

Cas concret : un 3 étoiles urbain en France qui étouffait en plein mois de janvier

Imaginons un hôtel 3 étoiles en centre‑ville, 80 chambres, façade largement vitrée. L’hiver dernier, la direction sature : plaintes quotidiennes sur la chaleur dans les chambres, factures d’énergie délirantes, équipes de maintenance au bord du burn‑out.

Analyse rapide du projet :

  • Ventilo‑convecteurs dimensionnés à l’économie,
  • Courbe de chauffe calée sur un hiver "classique" qui n’existe plus,
  • Pas de stratégie claire de gestion des non‑occupations,
  • CTA alimentant couloirs et zones communes en mode quasi constant, sans vraie prise en compte de l’occupation.

Le plan de reprise, mis en œuvre sur quelques semaines, a été très concret :

  1. Recalage des consignes et des lois d’eau sur la base de données réelles de températures extérieures.
  2. Révision des vitesses de ventilation et nouvel équilibrage sur les étages les plus exposés.
  3. Mise en place d’un mode Eco intelligent sur les chambres inoccupées avec remontée progressive en Confort avant l’arrivée client.
  4. Formation express du personnel d’accueil pour expliquer simplement le fonctionnement des thermostats.

Résultat : en moins d’un mois, les plaintes liées au confort thermique ont chuté de plus de 60 %, et la facture de gaz a baissé de près de 15 % sur la saison. Rien de miraculeux : juste une gestion de projet CVC qui reprend la main.

Comment structurer un projet CVC d’hôtel pour ne plus subir les saisons

Repenser le cahier des charges dès l’étude

Le premier levier, c’est le CCTP lui‑même. Tant qu’il restera une accumulation de copier‑coller, vous obtiendrez des installations banales, calibrées pour un climat qui n’existe plus. Il faut remettre au centre :

  • Le confort d’hiver et d’intersaison comme critères de base,
  • La régulation utilisable par un client lambda,
  • La capacité de l’installation à absorber les écarts météo.

C’est exactement le rôle d’un chargé d’affaires solide : challenger les prescriptions, demander des variantes, proposer des solutions réalistes. C’est aussi ce que visent nos formations sur mesure pour les pros qui veulent sortir du pilotage automatique.

Mettre la régulation au cœur de la stratégie de projet

La plupart des dérives en exploitation viennent d’un fait simple : personne n’a vraiment voulu s’emparer du sujet régulation pendant le projet. L’installateur pense que le BE gère, le BE pense que le fournisseur de GTB optimisera, la maîtrise d’ouvrage suppose que "ça ira". Et au final, ça ne va pas.

Dans un projet d’hôtel, la régulation doit être traitée comme un mini‑projet dans le projet :

  • Schémas de principe clairs pour les circuits de chauffage et de rafraîchissement,
  • Stratégies documentées pour chaque mode (occupation, inoccupation, hors gel),
  • Recette fonctionnelle en situation réelle, pas uniquement sur table.

Les compétences associées s’acquièrent : dimensionner, sélectionner les bons équipements, chiffrer proprement. C’est d’ailleurs une part structurante des modules VRV DAIKIN et Centrale de Traitement d’Air proposés par AC Project Engineering.

Former les équipes d’exploitation plutôt que bricoler en continu

Enfin, un point que beaucoup d’installateurs préfèrent esquiver : sans équipes formées, même la meilleure installation tournera mal. Les responsables techniques d’hôtels ne sont pas des automaticiens. Pourtant, on leur laisse des GTB aussi lisibles qu’un cockpit de Boeing.

Prévoir, dans chaque projet, un vrai volet de transmission :

  • Sessions de formation pratico‑pratiques, centrées sur les scénarios courants,
  • Notices simplifiées à destination des équipes de réception,
  • Procédures saisonnières clairement documentées.

C’est probablement le meilleur investissement que peut faire un groupe hôtelier, en particulier pour des établissements en France ou aux Émirats Arabes Unis, où les écarts climatiques exigent une intelligence de réglage bien supérieure à la moyenne.

Vers des hôtels enfin confortables en hiver ?

Si l’on devait résumer, les hôtels mal climatisés en hiver ne sont pas une fatalité climatique, mais le produit démotivant de projets CVC parfois bâclés. Le confort d’hiver, la ventilation et la régulation ne devraient plus être traités comme des options, mais comme le cœur même de la promesse client.

Pour les chargés d’affaires et responsables projets qui veulent sortir de la logique du "on fait comme d’habitude", c’est aussi une formidable opportunité : celle de reprendre la main, de parler vrai avec la maîtrise d’ouvrage, et de concevoir des installations qui tiennent le choc, saison après saison.

Si vous voulez structurer votre approche et muscler votre maîtrise du génie climatique appliqué aux projets tertiaires et hôteliers, vous pouvez explorer nos différents modules de formation CVC ou prendre directement rendez‑vous pour échanger sur vos besoins. Les chambres inconfortables ne sont pas une fatalité ; ce sont surtout un révélateur du niveau d’exigence que l’on décide d’adopter sur les projets.

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