CVC des cliniques vétérinaires : l'oublié de la santé animale

Dans beaucoup de cliniques vétérinaires françaises, le CVC est traité comme un simple confort annexe, alors qu'il conditionne directement la qualité d'air, la santé animale et la maîtrise des infections. Regard critique et méthode très concrète pour remettre le génie climatique au cœur du projet vétérinaire.

Pourquoi le CVC des cliniques vétérinaires déraille en silence

Les cliniques vétérinaires sont un concentré de contraintes que les installations CVC classiques supportent très mal : odeurs fortes, charges virales et bactériennes, humidité, pics d'occupation, animaux stressés, locaux exigus. Pourtant, la plupart des projets sont traités comme un petit commerce lambda.

On voit toujours les mêmes dérives :

  • un mono‑split posé à la va‑vite en salle d'attente, sans air hygiénique digne de ce nom
  • des salles de soins ventilées par une simple extraction ponctuelle
  • des blocs chirurgicaux bricolés avec une CTA de confort, sans logique de pression ni de filtration
  • des odeurs incrustées dans les locaux, qu'on essaie de masquer avec des désodorisants au lieu de traiter l'air

La réalité, c'est qu'on mélange souvent trois univers qui n'obéissent pas aux mêmes règles :

  • des zones assimilables à du tertiaire (accueil, bureaux, salle d'attente)
  • des zones assimilables au médical (salles de soins, chirurgie, hospitalisation)
  • des zones techniques très contraintes (local de chirurgie, laverie, chenils, zones isolées pour les contagieux)

Et au milieu, on colle un système VRV ou quelques splits, en priant pour que ça tienne la route. Évidemment, ça ne tient pas.

Une actualité qui change la donne : vers plus d'exigence sanitaire

Depuis la crise Covid, les propriétaires d'animaux n'acceptent plus les locaux saturés d'odeurs, de chaleur et d'air vicié. Et les autorités commencent à regarder de plus près.

En France, plusieurs guides et recommandations autour de la biosécurité en cliniques vétérinaires rappellent la nécessité d'une ventilation suffisante, d'un confinement des animaux contagieux et d'un vrai traitement de l'air. On n'est pas encore au niveau réglementaire des hôpitaux, mais la tolérance diminue clairement.

Ajoutez à cela la poussée constante de la sensibilité au bien‑être animal et vous obtenez un cocktail explosif : des locaux sur‑occupés, des attentes fortes, des installations CVC sous‑dimensionnées, et des vétérinaires épuisés qui compensent avec des mesures bricolées.

Pour un chargé d'affaires CVC, c'est à la fois un piège et une opportunité : le moindre projet mal cadré peut tourner au cauchemar, mais un projet bien pensé devient un vrai laboratoire de compétences, transversal entre détente directe, CTA et eau glacée.

Cartographier les zones : première étape avant toute solution

Avant de parler matériel, il faut regarder le plan. C'est là que la majorité des projets partent de travers.

Identifier les zones à risque et les flux d'air

Sur un plan type de clinique vétérinaire, je conseille de surligner au stabilo trois familles de zones :

  1. Zones « publiques » : accueil, salle d'attente, éventuellement une petite boutique. Objectif : confort, limitation des odeurs, renouvellement correct de l'air.
  2. Zones « médicales propres » : salles de consultation, blocs opératoires, salles de préparation. Objectif : limiter les contaminations croisées, maîtriser la température et l'hygrométrie, soigner la qualité de l'air.
  3. Zones « sales » ou potentiellement contagieuses : chenils, isolement, locaux de stockage de déchets, laverie. Objectif : confinement des odeurs et des agents pathogènes, extraction maîtrisée.

Ensuite, on trace simplement des flèches : d'où vient l'air neuf, où il circule, où il repart. Une règle simple, héritée du monde hospitalier, devrait être non négociable : l'air doit aller des zones les plus propres vers les zones les plus « sales », jamais l'inverse.

Dans les faits, c'est rarement le cas. On voit des blocs opératoires mis en légère dépression parce que l'extraction est surdimensionnée, des chenils mis en surpression parce qu'on a recyclé un vieux réseau de soufflage... et des odeurs qui remontent jusque dans la salle d'attente.

Différencier climatisation et air hygiénique

Autre piège classique : demander aux splits ou aux systèmes VRV de faire à la fois la climatisation, le chauffage et le renouvellement d'air. Résultat : ils ne font bien aucune des trois fonctions.

Sur ce type de projet, distinguer clairement :

  • la production de chaud/froid (mono‑split, multi‑split, VRV, ventilo‑convecteurs, eau glacée)
  • le traitement d'air hygiénique (CTA dédiée, caisson double flux, caissons d'extraction adaptés)

est un prérequis. C'est précisément ce que nous travaillons dans le parcours de formation CVC autour des CTA et des ventilo‑convecteurs.

Scénario concret : une clinique de centre‑ville en surchauffe

Imaginons une clinique vétérinaire en centre‑ville, 250 m² sur deux niveaux, climatisation installée « au fil de l'eau » : deux mono‑splits vieillissants en salle d'attente et bureau, un multi‑split pour consultations et petite chirurgie, aucune CTA, quelques bouches d'extraction sanitaire reliées à un vieux caisson en toiture.

En fin de printemps, dès que la température dépasse 25 °C, tout se dérègle :

  • les odeurs remontent des chenils vers la salle d'attente
  • les animaux hospitalisés halètent en plein après‑midi, malgré les volets fermés
  • l'équipe se plaint de migraines et de fatigue, surtout en salle de préparation
  • le chirurgien finit par bricoler un ventilateur dans le bloc, en plein champ opératoire

On demande alors à un installateur de « renforcer la climatisation », c'est‑à‑dire d'ajouter un split de plus. Inutile de préciser que le problème ne disparaît pas, il change juste de forme.

Reprise de projet : méthode terrain

Sur ce type de cas, je recommande une approche en quatre temps, que nous détaillons dans nos modules sur le CVC en réhabilitation :

  1. Mesurer avant de calculer : relevé de températures, d'hygrométrie, mesures de CO₂ dans les pièces occupées, relevé de débits sur les extractions existantes. Sans ces données, on navigue au doigt mouillé.
  2. Reprenons les débits d'air hygiénique : pour les salles de soins et d'hospitalisation, viser des débits supérieurs aux simples recommandations tertiaires. Les référentiels hospitaliers humains (HAS, recommandations techniques) peuvent servir de garde‑fous ambitieux, même si l'on ne vise pas le même niveau qu'un bloc opératoire humain.
  3. Créer une vraie colonne vertébrale d'air neuf : une petite CTA double flux dédiée aux zones propres et un système d'extraction bien dimensionné pour les chenils et locaux sales. On peut rester sur des puissances modestes, mais avec un schéma clair.
  4. Adapter ensuite la climatisation : seulement une fois l'air hygiénique sécurisé, ajuster la puissance des systèmes de détente directe ou des ventilo‑convecteurs, avec une régulation cohérente par zone.

L'objectif n'est pas de transformer la clinique en hôpital universitaire, mais de poser un socle technique qui respecte un minimum de logique sanitaire.

Choisir entre mono‑split, multi‑split, VRV et eau glacée

Pour les chargés d'affaires, la question revient à chaque projet : jusqu'où aller en sophistication sans plomber le budget du vétérinaire ?

Les petits projets : la tentation du tout‑split

Sur les petites cliniques de moins de 150 m², la solution la plus fréquente reste le multi‑split, voire une combinaison mono + multi. Ce n'est pas absurde, à condition de :

  • séparer clairement les unités intérieures des zones sales et propres
  • ne pas recycler l'air entre chenils et consultations
  • associer ces systèmes à une vraie ventilation mécanique, idéalement double flux pour le confort

Le problème surgit quand on exige d'un simple multi‑split de gérer chirurgie, hospitalisation, consultations et accueil, le tout sans traitement d'air. C'est le meilleur moyen d'aboutir à des plaintes récurrentes.

Cliniques plus ambitieuses : VRV et ventilo‑convecteurs

Dès que l'on dépasse 250‑300 m², ou que la clinique intègre un bloc chirurgical structuré, la logique VRV ou eau glacée devient pertinente.

Un système VRV, bien dimensionné, couplé à une CTA dédiée, permet :

  • une gestion fine des consignes par zone
  • des puissances disponibles suffisantes pour encaisser les charges internes (éclairages, équipements, animaux)
  • une meilleure intégration architecturale, dans des projets neufs ou rénovations lourdes

Les solutions à ventilo‑convecteurs eau glacée, que nous détaillons dans le MODULE 4 - Ventilo‑convecteurs Eau glacée, sont particulièrement intéressantes pour les grandes surfaces ou les projets en climat chaud, comme aux Émirats arabes unis, où AC Project Engineering intervient également.

Attention aux illusions réglementaires

On entend souvent : « De toute façon, on n'a pas d'obligation spécifique, c'est une clinique privée, pas un hôpital ». C'est la phrase la plus dangereuse du secteur.

Même si la réglementation vétérinaire est moins détaillée que celle des établissements de santé humains, plusieurs textes généraux sur la ventilation, la qualité de l'air des locaux recevant du public et la prévention des risques biologiques s'appliquent. L'ANSES et d'autres organismes publient régulièrement des avis sur la qualité de l'air intérieur et les risques de transmission aéroportée. Ignorer ces référentiels, c'est s'exposer à des mises en cause, voire à des fermetures administratives en cas de problème majeur.

Les guides techniques pour les établissements de santé humains (par exemple ceux relayés sur le site du Ministère de la Santé) sont imparfaits pour l'animal, mais ils donnent un cadre de réflexion précieux pour le dimensionnement des centrales de traitement d'air et la gestion des pressions.

Comment un chargé d'affaires peut reprendre la main

Face à un vétérinaire pressé, qui veut « juste un peu plus de clim avant l'été », la facilité serait d'empiler les splits. C'est précisément ce qui tue la crédibilité du métier.

Une démarche plus exigeante, mais payante sur la durée, consiste à :

  1. Poser un diagnostic clair : schéma de circulation d'air, liste des désordres observés, mesures simples (CO₂, températures). Un simple rapport structuré suffit souvent à faire prendre conscience de l'ampleur du sujet.
  2. Proposer deux scénarios : un scénario minimal, qui corrige les points les plus critiques (odeurs, confort des animaux hospitalisés), et un scénario « cible » avec une vraie stratégie d'air hygiénique. Le vétérinaire choisira, mais il ne pourra pas dire qu'il n'était pas informé.
  3. Structurer le chiffrage : distinguer clairement production de froid, ventilation, régulation. C'est exactement ce que nous travaillons dans les modules sur le chiffrage CVC.
  4. Prévoir l'exploitation : filtres, accès aux CTA, by‑pass, gestion des pannes. Dans un bâtiment occupé 7 jours sur 7, le moindre arrêt mal anticipé tourne vite à la catastrophe.

Vers des cliniques vétérinaires vraiment respirables

Le sujet peut paraître de niche, mais il dit quelque chose de profond : soit le génie climatique reste un simple accessoire décoratif, soit il devient un pilier de la santé animale et du confort des équipes.

Dans les cliniques, comme dans les EHPAD ou les écoles, la question est la même : accepte‑t-on encore de travailler et soigner dans un air médiocre ?

Si vous êtes chargé d'affaires ou responsable projet CVC et que vous sentez que ces sujets vous échappent encore un peu, le plus efficace reste d'outiller votre méthode : analyse, dimensionnement, sélection de matériel, chiffrage. C'est tout le cœur de l'approche d'AC Project Engineering : rendre les professionnels réellement opérationnels, y compris sur ces « petites » cliniques qui n'ont plus rien de petit une fois qu'on ouvre les yeux.

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